La fauvette des jardins : Sylvia borin
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La fauvette des jardins (Sylvia borin)


Je n'ai vu luire encore que les feux du matin,
Que déjà m'interroge sur ce nom : des jardins
Qu'on donne à des oiseaux qui ne vivent qu'au bois,
Á moins qu'il y en ait un que je ne connais pas.

Car je ne me vois guère dans les fanes de carottes,
Les choux et les navets ou bien les petits pois,
Á guetter pucerons et chenilles qui trottent,
Fuyant le pesticide qui, sinon, les foudroie.

Á peine dans la haie qui l'entoure quelquefois,
Sauf si elle est très haute et touffue à la fois…
Car il me faut des arbres, des arbustes et des buisses,
Des strates végétales afin que je m'enfouisse.

Il me faut des jardins aussi grands que des parcs,
Dans lesquels les humains pour ne pas se paumer,
Donnent la main aux fées et s'accrochent aux Parques,
Á leur fil déroulé et suivent les allées.

Il me faut des grands parcs qui soient presque forêt
Á condition qu'il y ait des buissons, des bosquets,
Fermés, impénétrables où l'on me cherche en vain
Et s'ils sont moins touffus, les pentes d'un ravin.

La plupart des fauvettes n'aiment guère qu'on les voit.
C'est une règle à laquelle je ne déroge pas.
J'ai opté pour le fauve, partout sur mon costume…

Á quoi me serviraient quelque ornement aux plumes ?

Mais si je vis cachée, j'aime assez qu'on écoute
Mes arias, mes cantates, toutes mes compositions,
Mes roulés, mes sifflés, mes improvisations,
Ma tessiture de basse…

__________________Même moi, je m'envoûte.

Hennebont et ailleurs...