Le pipit farlouse : Anthus pratensis
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Le pipit farlouse (Anthus pratensis)


Sûrement des pipits, je suis le moins farouche.

Je m'approche volontiers quand au milieu des ouches,
Je vous vois trifouiller dans la bouse des vaches
Découvrant des vers blancs qui asticotent et mâchent
La matière organique issue du méthanique
Qui les fera bien gras et éclore en moustiques...

- En mouche ! Si vous le dîtes… et finissent en Asile ?

Ne me prenez pas pour fou ou pire pour débile.

__ Asile est le nom de cette mouche prédatrice
Dont les larves se repaissent sous les croûtes séchées…
__

Je comprends mieux cela… et qu'adulte, elle se trisse ;
Qu'à l'attraper, je ne cours pas vite assez !

J'aime les prés salés tout au bord de la mer,
La slikke, le schorre et les plages de sable
Où les fucus morts attirent, innombrables,
Des mouches que, sans doute, vous trouveriez amères.
Je marche doucement ou cours subitement
Et gobe ces insectes quand ils sont imprudents.

Comme l'hiver est très doux très souvent en Bretagne,
Je reste à Pen Mané, car c'est un peu cocagne.
Je croise des pouillots et des bergeronnettes,
Des mésanges à moustaches qui ont de drôles de tête,
Des busards des roseaux et la poule des eaux,
Sans oublier le râle caché dans les roseaux.

Dès que les jours rallongent, c'est-à-dire en janvier,
Je pense sérieusement à me remarier.
J'asticote ma belle en dansant autour d'elle,
Tantôt les pattes raides et le corps bien dressé,
Tantôt tout replié, en agitant les ailes
Et chasse tous les mâles qui viennent à passer.

C'est un jeu, voyez-vous, en poursuites rapides,
Pour montrer à quel point nous sommes intrépides,
Au vol en rase-mottes ou entre les buissons,
Car jamais, je le jure, nous ne nous agressons.

S'il arrive quelquefois, qu'il semble que l'on se batte,
C'est comme les boxeurs, sur le ring, qui combattent.
Nous appliquons des règles, il en faut dans le sport.

S'il n'y en avait pas, il y aurait des morts.

De toutes les manières, nos femelles s'en foutent,
Comme les vôtres, je présume, quand vous jouez au foot.

Que voulez-vous qu'on fasse pour occuper le temps ?

Et si l'on ne fait rien, on passe pour fainéants !

Mais le nid à construire est affaire de femelle.
Jusqu'à présent les Dieux ne nous ont pas construits
Pour qu'on ponde des œufs, il nous manque un conduit,
Aussi les chromosomes, X, Y, les sexuels…
Alors on tourne en rond en chantant nos chansons
Sur nos territoires faits d'herbes et de gazons.

On se fait peur aussi en se laissant tomber,
Mais au dernier moment, on ouvre le parachute.
Ça amuse nos belles occupées à couver
Dans un nid bien caché, juste au pied de la butte.
Las ! je me suis trahi et vous allez trouver
Ce nid que j'aurais bien voulu garder secret.

Sûrement des pipits, nous sommes les moins doués
Pour cacher nos petits ou nos nids, c'est pareil.
Le mien, vous le voyez, caché par des oseilles
S'ouvre dans une grattasse de lapins, ces roués,
Qui ne sortent que la nuit et font un bruit d'enfer,
Nous empêchent de dormir et n'en ont rien à faire.
Ils se battent comme des loups et perdent le duvet blanc
Qui leur pousse sur le ventre et fait à nos enfants,
Un cocon tout soyeux, chaud comme un utérus.
Enfin, je le suppose, car de cet ustensile,
Les Dieux nous ont privé, comme les juifs de prépuce…

Je me pose la question : Est-ce vraiment utile ?

Il en est de toutes choses dont on s'envie souvent,
Et pour les acheter, sacrifie ses enfants.

Puis quand on les possède, on se rend compte trop tard
Qu'on n'en a plus besoin. On les range au placard.
Elles encombrent souvent, ajoutent au bordel
Et finissent, enfin, jetées dans la poubelle.

Pen Mané, Locmiquelic.