| Bienvenu sur les planches qui parcourent mon marais Envahi de moustiques qui vous piquent jusqu'au sang, Vous aspirent goulûment et vous feront crever, Avec dix grammes de sucre dans cent globules blancs. Toutes vos hématies vont se faire la valise. Sachez, dans ces marais, même les lapons balisent ! Je me suis installé sur le haut d'un piquet Duquel je m'envole pour un trille nuptial, Un peu à la manière de l'alouette lulu Ou du pipit spioncelle, ce qui n'est pas banal, Parce que ces oiseaux, je ne les ai point vus ; Non plus qu'un homme ici se faire autant piquer ! Ce qui m'agace un peu, c'est le désintérêt Que vous manifestez à mes nombreux attraits. Je suis là, devant vous, en plumage nuptial, Avec mes sourcils blancs et mon bec recourbé, Certes, qu'un petit peu et à l'extrémité… Et vous ne semblez voir qu'une barge banale ! Certes, rousse et perchée sur le haut d'un bouleau... Sur vos plages en hiver, vous la verrez bientôt. Mais moi, profitez-en, car me voir en Bretagne... N'y comptez pas trop car sur la route d'Espagne Et de l'Afrique du Nord, la voie la plus directe Évite le grand ouest, vos plages de varech. Pour vous, je la refais, pour la dernière fois, Ma parade nuptiale. Je m'envole, vertical Et à grande hauteur, je fais du vol surplace Comme les chauves-souris, les grosses fer-à-cheval. Je vibre toutes mes ailes. Je vais et je repasse En trillant mon ronron et reviens sur mon bois. Je veux dire, ce piquet planté en face de vous, Qui supporte des planches qui traversent le marais Où vous aventurer vous vaudrait mille morts, Car les plantes qui flottent s'ouvriraient sous vos pieds Et ces eaux brunies où rien ne fond, se dissout, Feraient vite un fossile de votre petit corps.
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