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L'euromembrement


Jusqu'à des temps récents, les peuples des Pâtures,
Des îles des Vaches folles, du pays des blés durs,
Avec les Doryphores et les Phylloxéras,
Ou quelque autre voisin qu'ils n'encadreraient pas,
Avaient mené beaucoup de guerres meurtrières,
Versant le sang impur sur la terre nourricière
Avant de faire la paix et un traité d'alliance
Qui justifieraient vite qu'ils se trouassent la panse
Pour un pré sur lequel un problème de clôture
Voudrait qu'ils se bataillent sur toutes les Pâtures.

À la suite d'une guerre universalisée
Opposant des moutons et des bœufs par milliers,
Mais aussi des lemmings, des bisons, des crotales
Des chèvres bézoards, des tigres du Bengale,
Des lionceaux, des gazelles, bien sûr des doryphores,
Des ours, des zibelines, faisant millions de morts
Dans des charniers infects, sur des bûchers puants,
Quelques bœufs et des ânes se dirent que le moment
Était enfin venu pour créer un grand champ
Des Pâtures et faire l'Euromembrement.

Mais l'Euromembrement, et depuis le début,
Fut affaire d'experts et passa au-dessus
De la tête des peuples qui n'y comprendrait rien.
C'est ce qu'affirmaient les élus, fins tacticiens.
Tout marcha donc très bien puisqu'en quelques années,
Il devint très urgent de vite réformer,
La monnaie, l'industrie et les institutions,
La banque fédérale, les usines à gazon,
Les clôtures et les haies et le transport des fonds
Et faire vite voter une constitution.

Arguant du fait que les peuples sont imbéciles
Méléagre* le dindon fut inintelligible.
Son projet de traité pour une constitution
Était totalement équivoque et abscons.
Il pariait que le peuple au pays des Pâtures
Ne lirait pas son texte, voterait à coup sûr
Comme leur dirait de faire les poissons du bocal
Ou comme il le lirait en ouvrant son journal.
Mais le peuple des Pâtures analysa le texte
En comprit les enjeux, même les plus complexes.

Et au référendum, le peuple vota non
Et se vit aussitôt traité de pauvre con.
" Le pays des Pâtures est déconsidéré "
S'écriaient fortement barbons et députés.
" Il faut, et dans l'instant, refaire voter les bœufs
Pour qu'ils admettent enfin ce que l'on attend d'eux.
"
Un instant, on put croire qu'une avancée sociale
Pouvait rimer aussi avec grand capital.
Autant utopisser dans un stradivarius.
Le peuple comptait autant, qu'au juif, son prépuce.

C'est alors que Virus**, l'ami noir des patrons
S'il était élu, dit qu'il ferait pour de bon
Le contraire de ce que le peuple avait voulu
Et tant pis s'il sentait qu'il l'aurait dans le cul.
Le texte rebaptisé serait bien paraphé
Y compris par ceux-là qui l'avaient rejeté.
Intérêts bien compris vaudraient une trahison
Et la démocratie, qu'on l'enterre pour de bon.
Qu'ils fussent du parti des bœufs ou des moutons,
Députés et barbons firent dire oui au non.

Que le peuple fut cocu, c'est presque une habitude.
L'exemple vient d'en haut et lui sert d'interlude
Aux discours de Virus sur l'art de réformer.
Mais qu'on le prive ainsi des moyens de peser
Sur sa vie, son travail ou bien sa destinée
Signait le recul de plusieurs centaines d'années.
Jamais plus ces élus ne seraient légitimes
À se comporter pire que sous l'ancien régime.
Ne plus voter pour eux signerait leur défaite.
Ne vaudrait-il pas mieux qu'on leur coupât la tête ?

8 février 2008 / «® / ©»



* Méléagre le Dindon, ancien président des Pâtures les avait fait se plier de rire en leur disant "au revoir".
** Virus est président des Pâtures.