Je me tiens redressée sur votre bétonnière, Mes huit pattes tendues et le derrière en l'air De manière à ce que les trous de mes filières Libèrent au vent des soies montant dans l'atmosphère. J'aimais la couleur rouge de votre bétonnière, Mais depuis quelques jours, vous ne cessez de faire Du mortier, du béton, du bruit, de la poussière… Je commence à souffrir de troubles pulmonaires. Mes trachées se colmatent, davantage qu'hier. Quelques jours encore et c'est au funéraire Qu'il vous faudra venir faire mon thuriféraire. C'est la raison pourquoi je quitte la bétonnière, Accrochée comme je sais depuis toujours le faire À un fil de la Vierge. Je pars, le monde conquiers. Que me soient favorables, les vents, les courants d'air. Sinon, j'ai droit aux fleurs, au marbre, au cimetière. Je regrette déjà votre rouge bétonnière, Et vous qui m'avez prise, en photo, de manière, Que je sois immortelle. Que je sache, aux enfers, Que j'ai fait de ma vie un bel itinéraire. Maintenant et à cause de la pression de l'air Qui s'exerce sur ma soie, je n'ai plus qu'une paire De pattes en contact avec la bétonnière. J'ai peur. Je lâche prise. Je ne suis pas très fière…
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