La mouche de Mai : Epheron virgo
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La mouche de Mai (Epheron virgo)



J'aime les jours d'orage quand le temps est bien lourd,
Quand de noirs cumulus roulent dans le bruit sourd
Des tonnerres lointains qui éclairent soudain
Les arbres qui frissonnent, s'attendant à un grain.

Les arbres n'aiment pas lorsque la pluie les mouille.
Ils n'ont pas de branchies comme en ont les grenouilles,
Quand elles sont jeunes encore et toujours herbivores.
Même les chênes têtards ont besoin de vent fort
Afin qu'il les égoutte et les sèche bien vite,
Sinon leurs poumons verts souffriront de bronchite.

J'attends les premières gouttes qui s'écrasent en flaques,
Qui brouillent la surface des eaux vives qui coulent,
Pour quitter mes profonds où vivent les patraques
Cachées dans des étuis comme le font les goules.
Elles sortent la nuit sur les limons qu'elles fouillent
Pour trouver des cadavres et vider leurs dépouilles.

J'arrive à la surface quand l'averse redouble
Pour éclore par milliers et peut-être du double.
Alors, en peu de temps qui paraît éphémère,
Je parade, je copule, dans l'instant, deviens mère,
En pondant tous mes œufs qui rejoignent les fonds
Pour éclore en larves qui broutent le benthon.

Puis, je succombe de suite, épuisée par la tâche,
Dévorée par les truites, les grosses qui se cachent
Davantage d'ordinaire ; qui sont devenues folles,
Au point qu'elles sauteraient jusque dans vos cuissardes
Pour avaler les nôtres fauchées par la camarde…

Pas assez pour le faire dans votre casserole !


Guilligomarch, Finistère.