| Je n'habite pas loin du cercle qu'on dit polaire. Tout est couvert partout de forêt taïga Et de prairies bien grasses où vivent en plein air Des chèvres, des vaches, des rennes et des épicéas. Le jour, en ces régions, en été, somnambule. Le ciel éclaire assez, la nuit, ses noctambules Pour garder des couleurs au très long crépuscule Qui dure jusqu'à l'aube que le soleil annule. Je me tiens sur les fils électriques qui pendulent, En équilibre instable comme les funambules. Ma queue me sert de perche et les effets, annule Du mouvement des câbles qui branlent et funiculent. Je guette les souris, les merles à plastron. Ceux-là m'embêtent un peu. Ils se fâchent pour de bon. Sitôt que je m'approche, ils alertent, caquettent, Font fuir aussitôt toutes les petites bêtes. Faute de campagnol ou de lemming laineux, Je lui mange un petit qu'en entier, plumerai Sur le haut d'un poteau qui suinte, goudronneux. Alors, une fois repue, mon chant ululerai. Puis je m'envolerai, car deux petits oursons Dans un pré d'herbes hautes, se poursuivent, se mordent, Roulent et se relèvent. _______________Leur mère, dans les euphorbes, Renifle bruyamment, inquiète dans le fond. Elle appelle ses petits en meuglant doucement. Puis s'en va les chercher puisqu'ils ne viennent pas. Elle les bouscule un peu et s'enfonce trottinant Sous le couvert épais des grands épicéas.
|