Le faucon émerillon : Falco columbarium
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Le faucon émerillon (Falco columbarium)


Je viens de rater une alouette hausse-col.

Comme j'allais la prendre, la voilà qui décolle,
Car vous avez bougé… et cela m'a troublé...
Qu'on la quitte un instant, qu'on n'ait plus l'œil dessus
Et la proie vous échappe. Je vous croyais rocher.
Il s'en fallut de peu que je me pose dessus !

J'habite cette crête qui s'allonge infinie,
Dominant la toundra qui paraît monotone
Aux yeux des voyageurs quand ils sont étourdis.
Le sol gelé, qui bouge, arrange en polygones
Les cailloux qui affleurent au-dessus des lichens.
Des dryas fleurissent partout sur mon domaine.

J'habite cette crête où la roche dressée
Forme comme les rails des voies de chemin de fer.
Elles feraient sûrement tout le tour de la terre,
Mais une falaise haute, profondément creusée,
Soudain l'interrompt et s'écoule en pierrier
Dans lequel une bête a creusé un terrier.

C'est peut-être un renard polaire ou un glouton ;
Ou encore le refuge de l'ultime dragon
Qui déploie, en hiver, ses ailes enrubannées.
On les voit onduler comme la robe nuptiale
De la princesse captive sur l'île des mers gelées.
Elle se languit beaucoup de l'absence de Thorgal.

Aurore Boréale, c'est comme ça qu'on l'appelle ?
Je ne l'ai jamais vue. Car, voyez-vous l'hiver,
Je suis parti d'ici. J'ai rejoint les polders
Qui m'accueillent en Hollande ou au Mont-Saint-Michel.

J'habite cette crête d'où je peux surveiller,
Les tourbières tout là-bas ou tout près, ce pierrier.
Sur ma toundra si rase, j'affectionne beaucoup
Les points hauts d'où j'observe et vois bien tout partout.
Les Lapons laissent des cairns qui sont tas de cailloux
Ou bien quelques piquets pour trouver leur chemin.
Je m'y pose dessus et surveille de loin,
Les bruants, les lemmings. Je délaisse les lapins.

Je ne suis pas bien gros et un oiseau par jour,
Me suffit pour le rôt… à moins qu'un campagnol,
Un bébé de canard bien avant qu'il ne vole…
J'ai pris un jeune labbe à peine mis au jour.
J'allais me régaler, mais ses parents autour
M'ont pressé jusqu'à ce que, vite, je m'envole.
Ce sont eux, pour finir, qui mangèrent leur petit...

Pour prendre des oiseaux, des petits mammifères,
D'abord je surveille, m'envole à ras de terre,
File directement en faisant un détour,
Comme si, au final, je faisais un grand tour.
Mon cercle se resserre et j'arrive par derrière
De la proie qui me voit, mais déjà je l'enserre
Et d'un coup bien placé, de bec, lui prend la vie.

J'ai niché, tout là-bas, juste sous la corniche
Qui fait comme un replat et aussi une niche.
Mais mes petits, déjà, ont fini de grandir
Vous ne les verrez pas. Ils ont quitté le nid.
Au bout d'à peine un mois, il leur fallut partir.
Ils étaient déjà gras, car souvent bien nourris.

Maintenant, je vous quitte. Vous voyez ce lourdaud
Qui passe à l'horizon : c'est mon cousin gerfaut.
Il n'est pas ennemi et je ne le crains guère.
Je vole plus vite que lui, ne lui fais pas la guerre,
Mais dès que je le vois traverser mon terroir,
Je lui crie de passer et d'aller se faire voir.

Quelque part entre Sandfjord et Gamvik, Norvège.