L'élanion blanc : Elanus cæruleus
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L'élanion blanc (Elanus cæruleus)


D'où je suis, je vois bien que vous ne voyez pas
Les toros qui s'approchent, taillés comme des Muria.
Ils marchent sous les lièges et, encore quelques pas,
Vous sentirez leur souffle sur les poils de vos bras.

Je fais des signes que vous ne comprenez pas.
Je fais le papillon, vole en tournant sur place,
Un plané, une glissade, et d'une volte-face,
Je plonge en fondant sur un gros criquet bien gras.

Les toros vous regardent bien plantés sur leurs pattes.
Ils soufflent bruyamment pour capter vos odeurs.
Vous sentez le tabac. C'est ça qui leur fait peur…
Quand des vaches surviennent et tous se carapatent
En marchant doucement, en agitant la queue,
Jusqu'à l'ombre propice où grattent des perdrix
Qui protestent et crient qu'elles n'aiment pas les bœufs
Et courent cacaber dans des herbes jaunies.

Alors les bovidés urinent et puis se couchent.
Silencieusement, ils mastiquent de la bouche
Des bouchées fermentées qui sentent le caillé
Et laissent échapper des pets méthanisés.

Je me suis approché, un instant, de la route
Où court un cochevis… Sur lequel plane un doute,
À savoir s'il est de Thékla ou bien huppé…
Où court un cochevis picorant des insectes
Qui furent assommés, écrasés, aplatis,
Par des camions qui passent, chargés jusqu'à la gueule
De planches de bouchons et de chauffeurs qui gueulent
Puisque la cargaison en se cassant la gueule
Embarrasse la route d'une incroyable meule.

Les toros effrayés, rapidement, ont fui.
Ils ont même débandé plus loin que l'infini.
Il y a belle lurette, sans demander mon reste,
Je suis parti chercher de plus calmes agrestes.

Jerez de los caballeros, Extramadura.