L'élan : Alces alces
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L'élan (Alces alces)



Je marche solitaire ou quelquefois par deux.
S'il m'arrive parfois d'être un peu plus nombreux,
C'est surtout en hiver quand la neige est épaisse...
Quand le froid fond ce qui nous reste de nos graisses.

Ravi si je procure un aussi bel émoi
Quand vous me rencontrez dans les bois où je vis,
Que je fume de crottins, en paquets, à l'envi,
Qui contiennent encore reliefs et reliquats

Car si je suis frugal, je suis aussi gourmet.
Je cueille ici une herbe, une ronce des marais,
Un rameau, un lichen ou là, un comaret.
J'adore becqueter les laîches ennoyées.

J'aime marcher dans l'eau acide des tourbières
Où sous les linaigrettes se cachent les drosères.
J'aime à croire que je suis un spectacle bien rare
Quand je me laisse voir avec mes bois bizarres.

Il arrive parfois qu'on me trouve mort d'ennui
Des suites des blessures des balles des fusils,
Mon squelette gisant sur la mousse bien rase
Qui végète sur le sol aux allures de vases.

Quelquefois, très souvent, je suis de mal humeur.
Je regrette vraiment de vous avoir fait peur
Quand vous vous approchiez de castors aux abois.
Comme piqué au vif, je sortis de mon bois…
Car sur mon territoire, comme un aventureux,
Vous aviez pénétré de manière discrète.

Je vous chargeai un peu, poussai des cris affreux
Et m'enfuis juste après, poussé par l'escampette.

C'était juste à l'époque où l'hormone me chatouille,
Quand je tombe amoureux de qui croise ma piste,
Qu'il s'agisse d'un cheval ou même d'un cycliste…

Alors je les rattrape et qu'est-ce qu'ils dérouillent !

Pas loin de Strömsund, Jämtland, Suède.