| Valait-il la peine que je fasse tant d'efforts À m'approcher de vous, à nager sur les bords De l'anse de Syltefjord envahie de récifs En granites noircis, coupants comme des canifs, Entre lesquels, je vois, vous lancez des cuillers Pour prendre des poissons, que mourir, désespèrent, Qui s'agitent frénétiques, se retrouvent à l'air frais Et meurent assommés dans un frisson spasmé ? Quand vous en avez deux qui ressemblent à des lieus, Vous allumez vos feux, de planches et de coaltar, Qui empestent à des lieues la fumée grasse et noire Qui volute incertaine et vous pique les yeux… Mais font assez de braises pour y cuire deux bœufs, Chauffer l'eau du café sifflant dans la bouilloire, Vous réchauffer les mains car il fait froid ce soir… Votre pipe allumée, vous contemplez les lieux… Pendant que vos lieus cuisent, vous saisissez enfin Votre paire de jumelles. Dans le paquet d'eiders Qui ballottent sur la vague… Non, vous ne rêvez point. Je suis là, bien réel, dans mon habit gris-perle. Plus loin et plus petits, des eiders de Steller. Par bonheur, je suis mâle. Nos femelles sont ternes Et se distinguent mal de celles à duvet Qui, partout, m'accompagnent et nagent à mes côtés. Je vous sens bien fébrile à consulter vos livres Sur lesquels figurent tous les portraits d'oiseaux Qui fréquentent l'Europe, ses terres, ses bois, ses eaux… Et que vous parcourez pour les regarder vivre. Je sens confusément que bientôt vous mourrez, Peut-être précocement ou de la mort subite Qui frappe les nouveau-nés qui veulent vivre vite. Plus sûrement de faim… Vos poissons vont brûler !
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