L'eider de Steller : Polysticta stelleri
®
L'eider de Steller (Polysticta stelleri)


Valait-il la peine que je fasse tant d'efforts
À m'approcher de vous, à nager sur les bords
De l'anse de Syltefjord envahie de récifs
En granites noircis, coupants comme des canifs,
Entre lesquels, je vois, vous lancez des cuillers
Pour prendre des poissons, que mourir, désespèrent,
Qui s'agitent, frénétiques, se retrouvent à l'air frais
Et meurent assommés dans un frisson spasmé.

Quand vous en avez deux qui ressemblent à des lieus,
Vous allumez vos feux, de planches et de coaltar,
Qui empestent à des lieues la fumée grasse et noire
Qui volute incertaine et vous pique les yeux…
Mais font assez de braises pour y cuire deux bœufs,
Chauffer l'eau du café sifflant dans la bouilloire,
Vous réchauffer les mains car il fait froid ce soir…
Votre pipe allumée, vous contemplez les lieux…

Pendant que vos lieus cuisent, vous saisissez enfin
Votre paire de jumelles. Dans le paquet d'eiders
Qui ballottent sur la vague… Non, vous ne rêvez point.
Nous sommes là, bien réels, dans nos habits tout neufs
Et plus loin, bien plus gros, avec la tête grise,
Un mâle de la race des eiders à tête grise.
Nous sommes plus petits, de la race de Steller
Et vous sentons fébrile, courant après l'éteuf.

Mais je connais la suite et par pure charité…
Il faut que je vous dise : vos poissons vont brûler !

Enlevez vos poissons avant qu'ils ne charbonnent.
Comme tous les oiseaux qui vous ont à la bonne,
Nous vous attendrons bien. Finissez de dîner,
Réchauffez-vous les mains, buvez votre café,
Rallumez votre pipe. Nous resterons tout près.

Syltefjord, Varanger, Norvège.