L'eider à duvet : Somateria mollissima
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L'eider à duvet (Somateria mollissima)


J'ai la tête des canards que Benjamin Rabier
Dessinait dans les livres que vous lisiez enfant.
Eux aussi vous parlaient. Mais auriez-vous pensé
Qu'un beau jour, je le fasse au bord de l'océan.

La première fois de toutes, c'était à Göteborg.
Vous étiez tout en haut du ferry, à bâbord.
Je flânais sur des îles où poussent des bouées rouges
Pour aider les bateaux quand c'est que la mer bouge…

__ Pendant que la mer bouge…

___________________Oh ! Le français et moi…
Vous devez bien comprendre. Je ne cause que suédois,
Un peu le norvégien, à peine le finnois
Et cancane trois mots en langage des oies.

Je suis malacophage. Je mange donc des moules,
Plus précisément toutes sortes de mollusques,
Que j'arrache des fonds sur lesquels ils sont foule,
Que j'arrache des fonds d'un coup de tête brusque,
Que j'avale tout cru sans même les mâcher,
Laissant aux sucs gastriques du temps pour digérer.

Je mange aussi des algues, des anémones de mer.
Cependant, ces dernières me donnent de l'urticaire,
Tout comme les méduses quand elles ne sont pas fraîches,
Surtout quand elles arrivent tout droit de Marrakech…

__ Marrakech, que je sache, est bien loin de la mer,
C'est une mer de sable au milieu du désert ! __


C'est ce que je disais. Vous auriez pu me croire.
J'arrête les méduses. Ce n'est pas une affaire…
Je mangerai des coques, des couteaux et des praires,
Des chlamys, des vénus et des bigorneaux noirs…

Je suis assez nombreux dans l'Atlantique Nord
Pour ne pas m'inquiéter, même devant la mort.
Il s'en fallut de peu… À la fin de la guerre,
Je faillis mohican et même eider des ders !

Göteborg, Suède.