| Les virus agacés par la race des hommes, Décidèrent de guerre lasse d'un grand pandémonium : Ça ne peut plus durer. Il faut que cela cesse… Car si ça continue, je vous fais la promesse De tous nous transmuter pour vous éradiquer, Sauf vous assurément, qu'il faut que vous sachiez Que vous mourrez très vieux comme les nouveaux-nés D'une mort subite sous un épicéa… Ou d'un quelconque autre arbre s'il est forestier. Me confia à l'oreille le virus d'Ebola. Savez-vous que les dieux créateurs dépassés Au troisième jour à peine par la tâche ébauchée, Manquant notoirement même d'imagination Nous confièrent le soin de faire l'évolution ? Cela vous semblera sans doute assez bizarre Que nous fussions chargés d'arranger le hasard. C'est par nécessité. Je vais vous expliquer Et par là même aussi vous confier un secret. Nous autres, les virus, sommes de constitution À la limite de la simplification : Juste un brin d'ADN, une coque protéique… Il faut une cellule d'accueil pour qu'on réplique. Mais nos brins d'ADN, quelquefois d'ARN, Savez-vous ce qu'ils sont ? Savez-vous d'où ils viennent? Ce sont quelques fragments du génome des cellules Des microbes, du plancton ou bien des libellules, Des plantes, des animaux, de l'australopithèque… Qu'elles perdent quand ils meurent, baisent ou bien défèquent. La décomposition joue alors tout son rôle. Elle joue aux molécules, mais sans aucun contrôle… Elle arrange et construit des machins, des bidules Au gré des réactions chimiques… Avec du cul, Un virus est construit et sa seule obsession Devient de retrouver, avec obstination L'animal ou la plante, l'espèce qui l'a perdu, Ses racines génétiques, sinon il est foutu… Et la cellule aussi qui va tomber malade Et qu'on met au régime jambon purée salade ! Parfois, cela se peut, il arrive qu'on se trompe… Mais savez-vous pourquoi l'éléphant a une trompe ? Simplement parce qu'un virus du piéride Infesta en passant le nez d'un léporide Au prétexte qu'il le vit quand il mangeait des fleurs De pissenlit amer… Comprenez son erreur ! Il ajouta ainsi au noyau du lapin Et à son ADN, du papillon, le brin Qui code l'arrangement de ses pièces buccales… Et le nez du lapin s'allongea, c'est fatal. Pour qu'il ne traîne pas, les pattes pareillement, Atteignant la longueur de celles de l'éléphant. Bien sûr, cet allongement procède d'un raccourci (ou d'un épitomé comme aurait dit Louis XIV, Comme le SARS, couronné et tout aussi benaise…) Il faut dire que le temps est un facteur aussi. Quelques millions d'années arrangent nos affaires Et nous auront permis d'avoir ce savoir-faire Qui laisse bien souvent les savants ébahis, Sauf s'il s'en trouve qui nous imitent aussi. Pour le pognon d'abord qu'apportent les brevets Quand de tout le vivant, ils veulent s'approprier. Tout à fait et le pire est encore à venir. Je crains pour la planète et pour son avenir. La recherche s'accélère . Ce qu'on peut faire est fait. Sans la moindre précaution, aussitôt essayé. Et quant aux conséquences, on s'en tape, je le sais… Qui Diable oserait donc s'opposer au progrès ? Prenez les OGM… Voyez les alibis… Du genre la faim dans le monde… Pourtant des calories Produites normalement, il y en a assez : Deux mille cinq cent par jour pour chaque hominidé ! Mais la distribution est affaire politique Et pour la corruption, il faut de la technique. Un des nôtres récemment infestant les poulets Se sentant au plus mal, sûrement intoxiqué, Compris que ce qui lui refilait la colique, C'était la bouffe des poules et le riz transgénique. Pour vivre, il lui fallait, bien avant la Pentecôte, Avant qu'il ne fasse chaud, d'urgence trouver un hôte Qui l'accueille pour un temps, le temps qu'il se transmute Et retrouve ses poulets… Sinon, c'est Belzébuth. Les Chinois sont nombreux et les uns sur les autres. On les compte par douzaines tout comme les apôtres Et malgré leur couleur, ne souffrent pas du foie. C'était assurément des cobayes de choix. Ils devaient s'enrhumer. Ils meurent de pneumonie. C'est la faute aux virus. Personne ne dit le riz. Alors c'est décidé. On devient tous mortels. Le virus de la grippe, la dengue, les écrouelles, Ou celui du tabac qui fait des mosaïques, On fait dans le cancer ou dans l'hémorragique. S'ils en veulent, ils l'auront, que vive le progrès Et bientôt tous les hommes seront éradiqués. On sauve la planète car elle est condamnée Par cette fuite en avant, la recherche effrénée Pour produire davantage de produits périmés À peine sont-ils mis en vente sur les marchés, À moins qu'on ne découvre qu'ils intéressent l'armée Ou le grand capital, vos élus affidés, Dès lors que le produit vous prive de liberté. La bagnole, le portable et même la télé, La bombe intelligente, le skud téléguidé, Le poulet aux hormones, le plat tout préparé Aux normes européennes, sûrement trop salées… Toujours plus d'énergie et d'électricité, Toujours plus d'uranium, toujours plus de déchets, Toujours plus de pétrole et d'Iraqiens tués, Toujours plus de poubelles, qui partent en fumée Et de la dioxine pour tuer les bébés, Toujours moins de travail, car délocalisé, Toujours moins de pognon pour pouvoir consommer, Les entreprises, alors, en grande difficulté Déclare une bonne guerre aux trop vilains niakoués, Baptisée Opération Iraq Libéré Et comble du bonheur, la bourse a remonté. Comprenez qu'aux virus, c'est un devoir moral, Au nom, bien sûr, du développement durable, De vous cadavérer et d'éteindre le mal Qu'en un siècle, vous avez rendu insoutenable.
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