| Les thalles des lichens ressemblent aux bois des rennes. Ils recouvrent d'argent, de jaune et de vert pâle, La toundra d'altitude où serpente un chemin Qui mène les samis au-delà des lointains Tout recouverts de neige, de lacs d'eau glaciale, Vers des pâtures secrètes où paissent en paix des rennes. L'air est sec et très vif. Un rocher blanc, de terre, S'envole et disparaît dans le creux des ravines Taillées par des névés qui détestent l'été. C'est une grosse chouette, harfang, ainsi nommée. Vous ne la verrez plus. Je vois et je devine Que vous êtes marri, au bord de la colère. Un lagopède alpin habillé pour l'hiver Roucoule devant vous, fait tout pour vous distraire. Votre regard se perd… Votre cerveau s'en veut De son inattention. Vous manquâtes de peu Une occasion unique d'observer cette chouette Et vous en rêverez enfoui sous votre couette. Je sens confusément qu'il faut faire quelque chose, Pour vous intéresser. Alors, je tente ma chance. Je sors sur le chemin, cours un peu et m'élance, Puis m'arrête aussitôt, reste inquiète, mais j'ose Me dresser de mon haut, posée sur les ergots. Mais l'angoisse me vainc, je m'envole bientôt. J'aurais voulu, pour vous, en faire davantage. Je ne suis qu'un oiseau, de plus une bécassine. Rien à faire, j'ai trop peur qu'un jour on m'assassine. Comme toutes les bêtes, j'aspire à vivre vieux, Le plus longtemps possible, à profiter des cieux Et des plaisirs terrestres. Ne mourir qu'à mon âge.
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