| Approchez donc un doigt, sûrement, je le mords. Je suis assez puissante pour vous ôter la vie, Vous vider de vos sucs, laissant votre exuvie Pendouiller dans les brandes, témoin de votre mort. Je m'agace de devoir courir sur votre main Qui tourne sans arrêt et se couvre des soies Que je dévide et si ça continue, demain, Je me serai vidé. Alors, relâchez-moi ! Me garder prisonnière ne vous apprendra rien. Rendez-moi mes podzols, mes bruyères ciliées, Mes plantains, mes iris, mes molinies bleutées. Regardez-moi chasser, surtout faites-le bien… Quand au bord d'une flaque, je vibre mes huit pattes, Ce qui a pour effet d'attirer les têtards, Les poissons, les insectes ou leurs larves moutards, Sur lesquels je fonds d'un bond qui vous épate… Il arrive même parfois que je sois entraînée Au fond de l'aquatique. La proie envenimée Cède vite à la mort et je m'installe alors Sur une herbe qui pendule et là, je la dévore. Mon mari, ce rapide, à peine l'ai-je vu venir, M'a déjà fécondée. Il ne pense qu'à courir. Je pondrai mille petits dans des cocons verdâtres Installés à l'abri dans les branches folâtres Des saules et des osiers, des aulnes verruqueux, Parfois dans les bruyères. Je ne m'occupe pas d'eux. D'ailleurs, les reverrais-je, ne m'en souviendrais pas Et je pourrais les tuer comme de simples proies. Je croise quelquefois une mienne cousine Qui vit dans l'aquatique dans sa cloche à plongeur. J'avoue que ses manières peuvent vous laisser songeur… Comment bien l'observer tant elle est clandestine ? Ne comptez pas sur moi pour dire quoi que ce soit. La vie des araignées, si on veut la comprendre, Veut qu'on ait tout le temps et même à en revendre… Vous mourrez ignorant sans même savoir pourquoi !
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