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Discours



Le Bélier, au Palais, préparait le discours
Qu'il prononcerait au soir du deuxième tour.
Je pus récupérer des essais raturés.
Je vous les donne à lire, mais gardez-les secrets,
Car, qu'ils les ait écrits, je ne puis l'assurer,
Tant ils sont tant empreints d'accents de vérité.

Mes chers compâturiotes,
En un mot comme en cent, las ! je vous ai bien eu
Et comme je le pressens, vous l'avez dans le cul.
Même la blanche hermine qui voulait me juger,
Entrant en politique s'est bien fait pigeonner…

Mes chers compâturiotes,
Je vous ai bien compris ! Vive les pâtures libres !
Vous m'avez réélu, encore bien plus puissant.
Bientôt je ne saurai plus où donner du chibre.
J'ordonne que des comices, y'en ait trois cents par an…

Mes chers compâturiotes,
Mangez donc des nèfles… C'est bon pour la santé !
Depuis plus de trente ans, je vous l'ai répété,
Qu'il fallait en manger pour réduire les fractures
Et rester ruminer derrière vos clôtures.


Mes chers compâturiotes ;
Méfions-nous des jeunes mâles qui nous chargent
Et face auxquels, souvent, nous n'en menons pas large.
(Je le dis en passant, les chiens qui nous rassurent,
Et je leur rends hommage, font un métier bien dur
Et d'ailleurs je décide qu'ils seront plus nombreux
Que les maîtres d'école… On n'a pas besoin d'eux ?)
L'État que je préside leur fera des enclos,
Fermés, infranchissables, tout comme les ghettos
Qui, comme les forêts, sont des jungles où s'entassent
Le chevreuil étranger quand près duquel on passe,
Ses odeurs hircines empuantissent les halliers,
Pires que celles du cerf, du daim, de leurs alliés.

J'en ai bien quelques autres de ces petits papiers.
Je vous les ferai lire si j'arrive à traduire
La langue cellulosée que parle le Bélier.
Jamais je n'oserai, même un peu, vous médire.

L'oie rieuse (Anser albifrons) / 2 mai 2002__________