La bécassine des marais : Gallinago gallinago
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La bécassine des marais (Gallinago gallinago)


Je m'envole devant vous dans un bruit de baiser,
Quelques zigzags rapides, presque au ras de la terre
Et je suis déjà haut à tourner dans les cieux,
Quasiment invisible, sauf avoir de bons yeux.
Je crie deux ou trois fois, ma rage et ma colère.
Je me mets en piqué, retourne me poser.

C'est là seulement ce que je montre parfois.
Sauf si, mais rarement, votre chienne d'arrêt
Me cueille dans sa gueule en toute précaution,
Me ramène à vos pieds, figée d'inhibition.
Sous toutes les coutures, vous pouvez m'observer,
Me relâcher avant que je ne meure d'effroi.

Quand vous fûtes plus grand, vous vîntes en soirée,
Jusqu'à la nuit tombée, même bien avancée.
Vous aviez, je l'espère, toutes les permissions
Que délivrent les parents pour ce genre de mission.
Quand il fait un peu sombre, je ne suis plus qu'une ombre
Qui se fond dans les ombres du jour quand il succombe.

Je sors de mes fourrés de laîches, de joncs serrés.
Je m'avance, accroupie, sur des vases croupies.
Délicatement, j'enfonce, en vibrant de la tête,
Mon long bec dans l'humus et ses vers, je les tète.
Je me déplace un peu et recommence ainsi,
De la même façon, jusqu'à me rassasier.

Je mange doucement, avec circonspection.
Mais rester accroupie me donne aussi des crampes.
Alors, je me relève et m'étire tant que peux,
Á la manière des coqs, ces petits belliqueux,
Quand ils chantent le matin pour que la nuit décampe,
Qu'ils battent des ailes en remuant le croupion.

Je fais tout comme pareil, mais ne bats pas des ailes,
Les étire, seulement, comme le font les pluviers.
Et puis, je recommence ma quête alimentaire.
Quelquefois, je trottine pour cueillir sur la terre,
Une bestiole, aperçue, promptement avalée
Et dans mon estomac, digérée par ses sels.

Quand arrive le printemps, à peine commencé,
Aux dernières primevères, aux premières ficaires,
Il faut que je m'installe au-dessus du marais,
Délimiter l'espace où je m'en vais nicher.
Je le fais en volant, très haut dessus la terre,
Survolant mes frontières, ainsi délimitées.

Mais, quand arrive le soir ou les jours quand il pleut,
J'entrecoupe mon survol de chutes en piqué.
Une glissade sur l'aile, alors les coudes au corps
Et la tête en avant, je plonge vers la mort.
Pour un instant, très bref, car je vais redresser.
Je recommencerai autant que je le veux.

Et pendant que je plonge, j'écarte deux rectrices,
Deux plumes de ma queue dures comme le carton
Que le petit garçon découpe, fixe et glisse
Aux roues de son vélo et entre les rayons,
Pour imiter le bruit du moteur du camion.

Mais à propos de son, revenons aux moutons.
C'est de ça qu'il s'agit. Car mes deux plumes au vent,
Comme la femme, sont mobiles, ce qui fait qu'en vibrant,
Elles produisent un son, pareil au bêlement
D'un mouton, barbon, aphone et tremblotant.

Ces bruyantes voltiges, c'est pour le territoire.
Pour séduire, je parade. Je relève bien haut,
Le plus haut que je peux, mes ailes en même temps,
Ce qui me permet de gonfler mes pectoraux,
De mettre en évidence mes pantalons si blancs.
Ma belle fond sur l'instant. Ça fait plaisir à voir.
La suite, c'est secret. Circulez... Rien à voir

La vieille pré, La Vaucelles, Villaines la Juhel.