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C’est Virus qu’il faut descendre, pas dans la rue !




Au pays des Pâtures, les moutons et les bœufs
N’en menaient pas bien large et marchaient sur des œufs.
Députés et barbons, godillots de Virus*,
Bien qu’il passât partout pour un fieffé gugusse,
Chaque fois qu’ils siégeaient, deux ou trois fois par an,
Et parfois beaucoup moins tant ils étaient absents
Votaient des lois nouvelles pour la sécurité,
Les renforts de pitbulls, les milices privées,
Les nouveaux interdits de meugler, de rugir,
De braire ou de réer, d’ânonner, de glatir,
De remuer la tête, les oreilles, le derrière,
D’habiter des ressuis, des bauges et des tanières…
La surveillance accrue partout sur les Pâtures
Promettait à Virus une longue dictature.

Quand au même moment, au pays du Jasmin,
- Où Mammouth** vole beaucoup - et en un tournemain,
Les chameaux, les chacals et même les porcs-épics
Mettaient à bas Limace***, son régime satrapique.
Quand au même moment, à peine le lendemain,
Dans le pays des Sphinx, dans le pays voisin,
Les aspics, les faucons, les chats, les dromadaires
- Que l’on voit de côté et jamais de derrière
Sur les pierres gravées, s’ils servent d’écriture -
Tentaient d’en faire autant avec leur dictature.

Ça n’était pas gagné. Ibis4* était coriace
Et surtout soutenu par ses amis voraces,
Avides de tout garder, les richesses et la force,
Et au pays des Sphinx, Ibis, fût-il féroce.

Au pays des Vautours, là où la mer est morte…
Au pays des Prairies, autant que le vent l’emporte…
Au pays des Vaches folles, aux pays des Zibelines,
Il fallait bien du naphte pour que tourne l’usine,
De la myrrhe, de l’encens, des diamants et de l’or
Toutes choses inutiles, mais qu’enviaient les porcs
Afin qu’ils imaginent que s’ils les possédaient
Ils pourraient croire enfin que, jamais, ils ne puaient.

Mais, pour s’approprier toutes ces marchandises
Ou pour spolier les peuples qu’il faut qu’on terrorise,
Limace autant qu’Ibis nous sont indispensables.
Qu’on les chasse, demeure parfaitement impensable.

Qu’on nous eût pris de court est assez vexatoire…
Quelques milliers de morts nous vaudront la victoire.
Nous mettrons à nouveau une pute à nos ordres.
Et si ce mot vous choque parce qu’il fait désordre,
Valet, larbin, laquais ou ami de toujours,
Conviennent assez bien, si au son du tambour,
Ils ordonnent de tirer, s’ils le font pour le bien
De ceux que Dieu choisit pour son plus grand dessein.

Au pays des Pâtures, Virus se contentait
De répéter les mots que Puma5* lui dictait,
Mais sans avoir compris pourquoi les pyramides
Faisaient que Pécora se sente si vite numide.

Au pays des Pâtures, les moutons et les bœufs,
Morfondus et penauds, observaient tous ces gueux
Qui avaient réussi à virer leur tyran
Quand eux-mêmes furent vaincus et se désespérant :
« On fait tout à l’envers : les bœufs et la charrue,
C’est Virus qu’il faut descendre, pas dans la rue !
»
5 février 2011 / «® / ©»




* Virus est l'actuel président des Pâtures.
** Mammouth est ministre de l’Extérieur, du Savoir-faire et des Voyages en jets privés...
*** Limace fut le président à vie du pays des Jasmins, avant d'être viré.
4* Ibis est le président du pays des Sphinx.
5* Puma des Amériques est le nouveau président du pays des Prairies. C'est un âne cloné éléphant.