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Décomposition


Le campagnol est mort. Personne pour le pleurer.
Tout mouillé de rosée, il gît sur le côté.
Mourir au premier jour du printemps qui commence
Assurément, ça n'est pas avoir eu de chance.
Encore qu'il fasse très beau, le soleil encore pâle
Réchauffe les graviers où les paons du jour mâles
Se réchauffent les ailes abîmées par le temps
D'un l'hiver à l'abri des froids, des pluies, du vent
Qui les emporte, légers, poursuivant une belle
Qui viendrait à passer le ventre à tire d'aile.

Le campagnol est mort. Les mouches à leur affaire
Ont pondu sur son cul, son méat urinaire
Des œufs qui s'asticotent et grouillent par millions,
S'insinuent dans sa bouche ou le trou de son fion.
Le campagnol revit sous les coups des escouades
Des larves nécrophores qui sèment la débandade
Dans les tissus puants qui gênent le passant
Qui pique de sa fourche la bête l'incommodant
Et la jette dans un trou et part sans au revoir
Me privant à jamais de la fin de l'histoire.

20 mars 2009