Le cygne de Bewick : Cygnus colombianus
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Le cygne de Bewick (Cygnus colombianus)



Sur les côtes scandinaves qu'éclabousse l'Arctique,
Des rouleaux d'eau glaciale, venant du Soviétique,
Ramènent des épaves et remuent les fucales.

Pêle-mêle s'emmêlent : des tests d'oursins calcaires ;
Des miettes coquillières de coques ou bien de praires ;
Les restes d'un stercoraire dans de grandes laminaires ;
Des planches naufragères aux chevilles ouvrières,
Qui furent, sans doute, naguère, les bords d'une galère
Ou bien d'une canonnière ; un crâne de Rangifer ;
Une boule goudronnaire ; la carte épistolaire
Qu'on a perdu en mer, exprès, dont on espère,
(Si l'on est un expert), connaître l'hydrosphère,
Les courants de la mer Arctique et glaciaire,
Pour, du pollutionnaire, éviter la galère ;
Si on la récupère, répond au questionnaire,
L'envoie au ministère Norvégien de la mer,
Au Premier Secrétaire Des Choses Pétrolifères
Qui renvoie, tributaire, sur un chèque bancaire,
Dix couronnes pour salaire. C'est comme un inventaire.
Il plaît aux tourne-pierres et aux pipits spioncelles.

C'est l'heure où j'apparais, quand le soleil se trempe
Un peu dans l'océan, quand l'ombre longue rampe…
C'est donc qu'il est minuit. Le soleil est au nord…
C'est l'heure où d'habitude, l'homme se couche et s'endort.

Mes jeunes sont avec nous. Ils ne volent qu'à peine.
Ils savent tout juste courir sur les eaux, et encore,
En battant de leurs ailes… Quant à lever leur corps,
Il leur faudra attendre plus de force dans les pennes.

Vous l'avez pressenti, je dois nicher tout près.
Pour ne rien vous cacher, je me suis installé
Dans un estuaire voisin au-delà des frontières
Plantées de miradors et de jeunes militaires.

Je suis sûrement de tous les cygnes de Bewick,
Celui qui niche le plus à l'ouest de l'Arctique.
Je devrais demander l'asile politique…
Les Russes sèment partout leurs déchets atomiques
Ou bien me décider pour la révolution
Et quitter pour de bon, leurs îles du même nom.

Hamminberg, Varanger, Norvège.