| Ah ! voilà bien les hommes, qui habitent les villes Et s'en vont jardiner. Ils viennent nous déranger Quand nous faisons un somme, au-dessous, bien tranquilles, D'une planche renversée, dans un nid d'herbes fines Soigneusement tressées où, toutes, on s'agglutine. Ça me met en colère d'être ainsi mise à l'air. Je sors vite de mon nid. Je pousse de petits cris, Fins, aigus et perçants… J'agresse l'assaillant, Fin prête à la bataille, en dépit de ma taille. Je lui montre les dents dont l'émail est tout blanc… Car je suis crocidure ! Je pourrais mordre dur le doigt qui me saisit… À moins que je ne meure d'un brusque arrêt du cœur Ou bien d'une embolie. Vous m'avez découverte et je me suis enfuie. J'ai laissé mes petits dans le nid d'herbes vertes Que vous avez cassé. Ils vont mourir d'effroi, Si ce n'est pas de froid, si je ne reviens pas Les chercher de ce pas. Et c'est ce que je fais aussitôt que je sais Que vous êtes assez loin, que vous prenez bien soin D'éloigner vos matous qui s'en prendraient à nous, Pour un oui ou un non... Nous tueraient pour de bon ! Et pour ne pas se perdre, mes petits vont saisir La base de ma queue et à la queue leu leu, Chacun saisit la queue de celui qui précède Et se laisse conduire. Puis, nous disparaîtrons dans le muret en pierres Où poussent des fougères en petits touradons. Notre survie dépend de notre vie secrète Et que l'on soit discrètes, n'empêche pas les gens De vivre, que je sache ! Alors, si l'on se cache, C'est que c'est nécessaire, car il y a sur terre Nombre de carnivores qui, vite, nous dévorent. Maintenant, je vous quitte, car ma vie est bien courte. Il faut que je tue vite des vers ou des cloportes Qui assurent ma croûte... Ou le diable m'emporte !
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