Le criquet aveuglant: Œdipoda germanica
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Le criquet aveuglant (Œdipoda germanica)


J'ai tout bien relu Freud. Je n'y ai rien trouvé
Qui m'éclairerait sur l'origine de mon nom.

Je n'ai pas tué mon père, j'ai pas baisé ma mère…
Je ne connais qu'un sphinx. Il vit sur les euphorbes,
Ne pose pas de questions au moins tant qu'il absorbe
Le nectar des bouquets qui, sans lui, désespèrent
Qu'enfin on les féconde, qu'ils aient des rejetons
Qui coloniseront les bermes du côté
Du chemin de montagne sur lequel vous passez.

Au moment, fatidique, où vous allez poser
Votre pied sur ma panse, je m'envole, bruissement
Et déploie d'orangé, mes ailes m'emportant
Sur un peu plus d'un mètre, alors je les replie
Et deviens invisible autant que la Pythie,
Quand elle fait des oracles, prédit qu'il va faire beau
Pendant un jour ou deux et qu'il tombe des seaux.

Vous savez, en montagne, je crains les monticoles,
Les pies-grièches grises et les faucons qui volent
En faisant du surplace et qui, s'ils nous repèrent,
Ont tôt fait de nous prendre, vite nous dilacèrent.

J'ai donc développé, en co-évolution,
Des techniques de défenses qui les laissent comme des cons.
Je m'envole. Les oiseaux ne voient plus que mes ailes.
Je me pose, disparais, même à l'œil des aigles.

Œdipe, ce n'est pas moi. Ce sont mes prédateurs
Qui sont comme aveuglés et privés de monocle.

Je les baise chaque fois. Je baise aussi leurs sœurs…

L'origine de mon nom… Cherchez-la dans Sophocle.


Monte perdido, España.