Le faucon crécerelle : Falco tinnunculus
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Le faucon crécerelle (Falco tinnunculus)


J'aimais ce nom quand on m'appelait émouchet ;
À cause des mouchetures qui ornent mon plumage ;
Le préfère à crécerelle dont l'origine serait
Le bruit d'un instrument dont on faisait tapage
Pendant la semaine sainte quand on ne pouvait plus
Ni se taper la cloche, ni lui taper dessus.

Il s'en fallut de peu que je ne disparaisse,
Car on me dénichait, me tirait au fusil.
On me coupait les pattes afin qu'à la mairie,
Le vieux garde champêtre en donne trois sesterces...
Fallait bien justifier ma vraie réputation.
En ces temps, les chasseurs ignoraient la gestion…
Et même la tradition. Pourquoi me protéger ?
À cette époque-là, qui n'est pas très ancienne,
Je mangeais le gibier, les lapins de garenne,
Les lièvres et les perdreaux, les poussins dans les cours,
Les canards sur les mares, les oies dans les moissons,
Les dindons de Thérèse et ses petits cochons...
Heureusement que l'on ne m'ait pas vu manger
Des fraises et des melons ou des topinambours.

Mais que voulez-vous dire ? Les hommes sont si cons.
Vous avez vu mon poids, vous avez vu ma taille,
Vous avez vu mon bec, vous avez vu mes serres...
J'ai l'estomac trop plein quand j'avale trois grillons...
Un maigre campagnol me fait le tour de taille
D'un habitué Mac Do... À peine si j'exagère.

Maintenant, je vais mieux. Je suis même nombreux.
J'occupe le plus souvent des espaces nouveaux,
Les ronds-points sur les routes ou bien les échangeurs
Sur lesquels, en surplace, je guette les rongeurs,
Toutes sortes d'insectes qu'écrasent les autos...
Et si ça continue, je ponds deux douzaines d'œufs.

Chateau d'eau de Kerpotence, Hennebont.