| Les hommes, trop souvent, offrent aux animaux Des titres bien ronflants, impériaux ou princiers, Quant à la mine, seule, leur vaut leur royauté, Comme ils offrent des trônes à leurs notabliaux. Comme on me demandait si j'étais roi aussi… Je répondis : bien sûr… je suis le roi de rien, Tout couvert de pustules, mais un baiser suffit Pour qu'en prince charmant, on me prive du jardin ! Et alors que je baille ou me gratte une couille… Des journaux, en photo, j'aurai droit à la une, Mes fiançailles célébrées à la première grenouille Qui montrerait ses cuisses… Fut-elle conne comme pas une ! Qu'on me laisse donc tranquille et vivre sans souci, Autre que chaque jour, d'assurer ma provende Ou quand vient la saison, dès l'hiver radouci, D'accrocher, dans ma mare, mes œufs dans des guirlandes. J'ai maintenant vieilli et connais bien le monde, Tous les crapauds aussi, à des lieues à la ronde, Qui tous me saluent et respectent mon âge… Est-ce là une raison pour briguer leurs suffrages ? Roi d'une mare de crapauds pourrait m'enfler la tête, Au point qu'elle réclamerait que je devinsse empereur Des crapauds de la terre, que je parte en conquête Et les soumettent tous, au prix de la terreur. La raison quitte ceux qui oublient les raisons Pour lesquelles ils accèdent aux affaires publiques. Quelques flagorneries et alors, comme aux lions, Les honneurs et les fastes et aux ânes, la trique. La sagesse des crapauds veut qu'ils n'aient point de roi. Une sage politique est l'affaire de chacun, Bien trop souvent confiée sans partage aux tribuns… À régner sur les autres, j'aime mieux rester coi !
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