| J'aime bien mieux la nuit pour suivre les fossés Où se tiennent cachées des proies... Je m'en nourris ! Si la chance me souris ou me grenouille aussi ! Le jour, je me tiens coi et je me fais étroit, Comme le mousquetaire, un brin parmi les branches, Un roseau qui se penche, un poteau dans la terre. Et quand je me déplace, c'est à pas mesurés Au centimètre près. Arrêtez de penser Que je crève d'angoisse… Que je craindrais la poisse ! Le chat aurait-il peur quand il chasse les mulots Qu'il guette pendant des heures pour leur briser le dos ? Vous-même quand approchez des insectes criquets, Vous vous reptilisez pour mieux les capturer. Pour moi, c'est la même chose : capturer des poissons Exige des précautions, de bien choisir mes poses Et dans l'instantané, leur tirer le portrait. D'ailleurs, vous savez bien que je ne vous crains pas. Je ne m'envole pas. Même à portée de main, Qu'elle s'approche, je la perce. Votre sang, je le verse. Chevelu, je veux bien, si vous considérez Que les plumes dorées qui me tombent sur les reins Me font une parure comme une chevelure. Mais crabier, c'est idiot, tout au moins un peu gros. Des crabes, je n'en mange pas. Ils vivent sur le salé. Je ne fréquente pas d'ordinaire les marées. Je mange des poissons, des insectes divers, Des sangsues et des vers. Je néglige le plancton. J'aime les écrevisses, des grenouilles, les cuisses. Je suis, bien entendu, sociable, comme les hérons. J'installe mes colonies à côté de leurs nids, Sur des branches ténues qui les supporteront, Mais resteront trop frêles, bien trop fines poutrelles Pour mes cousins cendrés dont je sais l'appétit. Ils gobent mes petits d'une seule bouchée. J'irai passer l'hiver, en Afrique, en Camargue Ou en terre andalouse… Sous l'herbe des pelouses, J'y trouverai des vers… Mais loin des hippotragues, Des vaches et des taureaux ou de troupeaux d'agneaux. Approcher ces bestiaux, me fait froid dans le dos !
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