L'égalité sous la couette.
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L'égalité sous la couette.



Aux Pâtures, la question des préférences sexuelles
Ne fut débattue que par des intellectuels,
Des phoques principalement, mais aussi des pucerons
Qui, pour intervenir, avaient quelques raisons.

Le plus dur fut sans doute de faire taire les grenouilles
Qui vivent dans l’eau bénite et pour qui les mots couille,
Bite ou con et foufoune, les faisaient se pâmer
Et invoquer les dieux toujours prompts à damner.

Mais les dieux aux Pâtures n’avaient plus aucune table…
Seules les règles sanitaires s’affichaient aux étables,
Pour le bien de chacun et la santé de tous,
Sans la tuberculose qui nous tue quand on tousse.

Un savant pornographe qui étudiait la baise
Comparée chez les bêtes nous confia, très à l’aise
Que chez les escargots qui sont hermaphrodites,
Chacun est à son tour Hermès et Aphrodite.

Ou bien en même temps, s’il advient que l’on fasse
Un effort, quand le doigt ou que la langue agace
Le bouton qui verrouille la chaude caverne humide
Ou le frein de la verge quand elle n’est plus timide…

Le savant nous fit part que chez les pucerons,
Les femelles, sans les mâles, savaient faire, par millions
Des larves, toutes femelles, par parthénogenèse
Et sauraient, de leur sève, vider les roses à l’aise.

La question, nous dit-il, n’est pas vraiment qu’on sache
Qui baise qui et comment, qu’on se montre ou se cache.
La question, aux Pâtures, parce qu’on a des principes
Est qu’il faudrait savoir si la baise ou une pipe

Selon à qui on l’offre, selon le partenaire,
Vaudrait qu’on discrimine le devant, le derrière
Qu’on refuse au final, le principe premier
Qui vaut sur les Pâtures, celui d’égalité.

C’est de ça qu’il s’agit si l’on veut bien saisir
Que le genre, que la race, le sexe ou le désir
S’offrent aux même droits, pour tous pareillement
Et qu’il ne saurait pas en être autrement.

On ne peut pas admettre que des bêtes aux Pâtures
Puissent penser un instant, sauf à être des ordures,
Qu’elles pourraient interdire quelque droit que ce soit
À d’autres dont elles pensent qu’il faudrait d’autres lois…

Des pogroms, des ghettos, des camps pour qu’elles croupissent
Avant qu’on ne les gaze comme on le fit jadis,
Marquée de l’infamie et d’un triangle rose
Puisqu’elles seraient malades, atteintes de névroses.

Les discriminations sont toutes en politique
Un moyen efficace en situation critique
Pour détourner l’esprit, endormir la pensée
Et laisser la violence exprimer ses excès.

Sur les pauvres, les femelles ou bien les dromadaires,
Ceux qui ont des écailles ou des plumes au derrière,
Jusqu’à en arriver à détester ses proches
Quand on n’a plus rien d’autre à trouver de plus moche.




27 janvier 2013 / «® / ©»