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Solide hilarité



J'ai donc pris le bateau pour quitter l'Amazone
Pour gagner les pâtures, puisque c'est là ma zone.
Il y avait aussi, revenant d'un congrès,
Les oiseaux les plus riches, je les ai rencontrés :
Goéland et Pluvier, tous les deux argentés,
La Caille des blés et l'Aigle qu'on dit doré,
Le Phragmite des joncs et le Moineau friquet.

Corneille, apprenez-le, me dit le Goéland,
Des congrès sur la faim ou les guerres en Afrique,
L'immigration sauvage, le blanchiment du fric,
La drogue et les trafics ou le désarmement,
L'origine des espèces et de la carte bleue,
Le SIDA, les moustiques, pour qu'on rigole un peu,
J'en fais une vingtaine, pour le moins et par an
Et chacun coûte assez, en frais de toutes natures,
En perchoirs, en abris ou bien en nourriture,
Sans compter tous les chiens pour la sécurité,
Les canards de la presse, les poissons des télés,
Nos amis, nos parents, toutes leurs secrétaires,
Leurs chauffeurs, leurs valets, quelques parlementaires,
Qu'avec tout le pognon dépensé sans compter
On pourrait renflouer le budget des États
Où l'on crève de faim, autant que du sida,
Alors qu'on se contente de creuser le fossé.
Pour la raison que les États riches les endettent
En leur vendant des armes. Pour rembourser leurs dettes,
(Et les nôtres), ils acceptent (bien forcés) qu'on les pille.
Toute leur énergie, leur matière, les gaspille…

Vous avez dit moral. Las ! Laissez-moi gweler !

Le monde est fait d'ordures régnant sur des déchets.
Moi, je mange les deux. Je suis, certes, coupable,
Oui, mais pour ma décharge, vous êtes aussi complices
Puisque les pays pauvres, leurs peuples en coulisse,
À chaque repas, vous font une excellente table.


___________La corneille noire (Corvus corone) / (30 juin 2002)