®
Quand l'entropie...



Pourriez-vous, Paresseux, m'expliquer un peu mieux,
Ce qu'est, exactement, la thermodynamique,
Celle des systèmes ouverts qui échangent entre eux,
L'énergie, la matière, selon des lois physiques ?

Ils échangent aussi beaucoup d'informations.
Je vous en parlerai en une autre occasion.

Ainsi que vous le dites, la thermodynamique
S'occupent des échanges d'énergie, au sens strict
Et de matière aussi, puisque celle-ci renferme
Encore de l'énergie sous forme de calories
Cachées dans l'aliment que les bêtes des fermes,
Des eaux ou de forêts, du lion aux bactéries,
Consomment de la naissance jusqu'à l'heure de leur mort,
Respirent ou bien chie la merde qui sert encore
Tant que toute l'énergie ne devient pas chaleur
Et réchauffe l'atmosphère, alors je suis en sueur.

Car toute l'énergie, qui nous vient du soleil,
Que les plantes capturent (à moins qu'elles ne sommeillent),
Tôt ou tard, rejoindra pour toujours l'atmosphère.
Le flux de l'énergie est donc un flux ouvert.
Mais vous savez cela et vous savez aussi
Que le flux des matières, est fermé, quant à lui.

Cependant ce qui compte dans un système ouvert,
Pour qu'il fonctionne au mieux et point ne dégénère,
C'est que la quantité d'énergie, de matière,
Entrant dans le système soit toujours supérieure
À celle qui en sort, sinon le système meurt.

Énoncé comme cela, cela fait dogmatique.

Je pourrais le prouver, mais les mathématiques
S'accordent assez mal aux vers de douze syllabes.
Il vous faut l'accepter, de la même façon
Que vous croyez qu'il y a quelques traces de crabe,
Dans les trucs, suramis… Vous n'êtes pas si con.

Du fait qu'il rentre plus de matière qu'il n'en sort,
Les systèmes grossissent. On dit aussi qu'ils croissent…

Tout comme les corneilles dont on dit qu'elles croassent…


Ne m'interrompez pas, c'est déjà compliqué,
J'ai vite fait de perdre le fil de mes idées.
Les systèmes croissent donc et leur croissance devient
La condition, disons,
sine qua non, afin
Qu'ils survivent tant qu'elle restera positive.
Sinon ils dégénèrent si elle est négative.

Mais si les systèmes croissent, leur taille s'agrandit
Jusqu'à une taille limite, fixée, je vous le dis,
Par le rapport des aires des surfaces qui échangent
Au volume du système qui digère ce qu'il mange.

Tant que les surfaces d'échange sont plus grandes
Que le volume, alors, le système peut croître.
Et quand c'est le contraire, le système va décroître,
Péter un anévrisme ou mourir d'un cancer,
Servir de proie aux lions ou bien aux stercoraires.

Il existe un moyen de surseoir l'échéance,
C'est de se diviser, former deux organismes,
Comme le font les cellules quand elles ont cette chance
De le pouvoir encore, quand leur métabolisme
N'est pas spécialisé… (pas trop spécialisé).

Les neurones, par exemple, pour eux, c'est bien râpé.

Ça marche aussi très bien pour toutes les bactéries
Qui, potentiellement, deviennent immortelles.

Mais ça ne marche plus, ni pour vous la corneille,
Ni aucun animal sur toute la planète.

Il nous reste un moyen et pour nous diviser,
Il faut nous accoupler pour pouvoir copuler,
Réunir nos gamètes et faire des enfants
Qui pourront nous survivre et assurer longtemps
La survie de l'espèce jusqu'à la fin des temps.

La mort, je le regrette, est rendue nécessaire
Afin que nos systèmes croissent et prospèrent.
Je ne la trouve pas triste dans cette perspective,
Puisque finalement, je serai recyclé,
Avalé, digéré et métabolisé.
Mais aussi, je le dis, de façon objective,
Je n'étais qu'une merde et je finirai chiée.

Les cellules, les microbes sont des systèmes ouverts,
Pareil comme les plantes, les animaux divers,
Leurs tribus, leurs familles ou leurs populations,
Leurs usines, leurs fabriques ou même leurs nations.
Tous et toutes doivent croître, bouffer et copuler,
Se diviser aussi pour espérer voir naître
Des enfants pour assurer leur éternité
Et d'accepter aussi qu'il faille disparaître,
Puisque la mort des uns assure la survie
Des autres qui vivront, même les plus pourris.
Ceux qui trichent, ceux qui violent la thermodynamique.
Ceux qui usent et abusent des sciences économiques,
L'anarcho-capito-libéro-politique
Dont la seule ambition est enfin qu'il vous nique.


___________La corneille noire (Corvus corone) / (26 juin 2002)