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Aimons-nous sous l'évier



Avez-vous bien dormi sous mes palétuviers ?...

Pas très bien, moi non plus et j'ai mal digéré
Une feuille pas fraîche ou mal stérilisée.
J'ai une haleine comme le siphon d'un évier.
J'ai une humeur de chien et je pourrais vous mordre
Et si vous m'approchez, votre cou, vous le tordre…

… Or donc, l'économie est un mot dont le sens
En a un. Le premier est concret, familier
Et accessible à tous. Le second est abscons,
Seulement réservé à quelques spécialistes
Et qui sont forcément, de grands économistes.
Et le plus grand de tous inventa, c'est très con,
Un code à son nom, de l'histoire vite barré,
Puisqu'on oubliera même jusqu'à son existence.

Je pense (si j'ai raison, ce serait remarquable)
Que tous ces experts, trop vaniteux de leur science,
Pondent des théories quand ils roulent sous la table,
À moins qu'ils n'aient sniffé trop de vapeurs d'essence.
Parce qu'ils se trompent tous, mais ont tous le Nobel
Pour avoir, une année, fait croire aux politiques
Qu'il fallait qu'ils augmentent d'un point, cinq, la gabelle
Et le contraire, plus tard, c'était mathématique.

Alors, ils sont choyés, courtisés, adulés.
D'aucun devient ministre, indexe les emprunts
Au cours de la luzerne, qui se met à grimper.
Quand il faut rembourser, par bonheur les crétins
(Qui eux n'avaient pas eu les moyens d'acheter,
Même un bon du trésor) un peu plus imposés,
Ne s'aperçoivent de rien et payent l'addition.

Il aurait fait beau voir qu'ils fassent rébellion.

Un autre, mis à la tête de la banque des Savanes,
Gère si bien l'affaire que bientôt les agios
Valent de nouveaux impôts aux moutons et aux ânes.
Pour lui, un meilleur poste et plus de capitaux
À la banque des Pâtures et, sans doute pour bientôt,
C'est le moins qu'on puisse faire pour honorer l'expert,
Arrogant et hâbleur, tout le Fond Monétaire.

D'échecs répétés en faillites avérées,
La science économique n'est jamais contestée.
Je dirai, au contraire, puisque plus elle se trompe
Et plus on s'y soumet. Et pourquoi s'en priver,
Puisque sur les pâtures, il suffit que l'on pompe
Les moutons pour remplir les caisses à vider.

Étant tout à fait nul en sciences économiques,
J'aurais bien du mal à justifier mes critiques.
Je n'ai qu'un sentiment lequel me porte à croire
Que cette science existe pour servir les pouvoirs.

Elle est artificielle, souvent en porte-à-faux,
Éloignée du vécu, niant le domestique,
Sauf pour s'approprier, et quand elle s'en arrange,
Quelques faits parcellaires et de bon sens pratique
(Que l'argent est utile surtout pour que l'on mange)
Qu'elle érige en dogmes et vaut
ipso facto
Que les esprits s'accordent de ce nouveau rituel
(Comme les grenouilles s'accordent de la messe sans latin,
Encore qu'on s'y emmerde, c'est devenu mortel),
Car c'est d'une religion dont souvent il s'agit
Et si l'on est poli, éthiquement correct,
On adore le veau gras auquel on est soumis,
L'esprit vide, aliéné. Vive la nouvelle secte !

L'économie s'accorde seulement des objets
Pour lesquels elle décide qu'ils ont de l'intérêt.
Mais bien vite, seulement et impérieusement,
Les roupies que l'on fiance aux thunes l'intéressent,
Pour qu'elles baisent ensemble, de grossesse en grossesse,
Lui fasse des petits qui multiplient l'argent.

Alors il est virtuel puisqu'il n'a plus d'objet
Avec les énergies dont il était censé
Rétribuer les dépenses et fournir la matière,
Enfin chiée pour nourrir les petits stercoraires
(C'est un épitomé, mais vous m'avez compris
Ou si vous aimez mieux, un très bref raccourci).

La nature, par essence, n'a aucun intérêt.

Sa prodigalité la rend inépuisable.

C'est comme le Sahara, pour y faire des pâtés,
Puisque à l'évidence, il y a trop de sable.

L'économie moderne s'oppose à la nature,
C'est même l'ennemie des bêtes qui pâturent.
Il faut donc la polluer. Seule la dépollution
Présente quelque intérêt de se faire du pognon.
Polluer davantage pour produire des objets
Qui réduisent les dommages et les dégâts causés.
Exporter des déchets pour créer des marchés
Et des usines nouvelles en pays étrangers
Qui pollueront bien plus s'ils sont moins avancés.
Et les sous-prolétaires qu'on paye à coups de fouets,
De toutes les manières, ne vivent pas assez
Pour mourir d'un cancer, alors la pollution
Vaut bien mieux pour eux que mourir d'inanition.

C'est en ce sens que la mondialisation
Est vraiment immorale. Nous en reparlerons.

___________La corneille noire (Corvus corone) / (24 juin 2002)