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Ah ! Dans quel ETA j'erre...



Ce matin, c'est la grève, car Toro de Castille,
Un ami du Bélier et du libéralisme,
Souhaite encore davantage et plus d'esclavagisme
Dans le monde du travail. Sombrero y Mantille,
Le patron des patrons d'Espagne s'émoustille :

« Nous voulons licencier l'ouvrier qui roupille,
Comme on veut, quand on veut, à grands coups d'espadrilles,
Pour un oui, pour un non, pour une peccadille,
S'il se blesse dans l'œil avec une escarbille,
À la jambe, par la chute, d'une grosse épontille
Qui l'oblige à marcher avec une ou deux béquilles,
S'il est au syndicat de Marteau y Faucille,
Pour la moindre broutille, pour la moindre vétille
Ou bien la secrétaire à la première coquille,
Si elle oublie de mettre, au C, une cédille,
Le cuisinier qui rate mon poulet aux morilles.

Une fois au chômage, pour nourrir leur famille,
Ils n'auront plus un sou, il faudra qu'ils grappillent
Leur moindre économie, qu'ils dansent la séguedille
Devant leur buffet vide, terminé les étrilles,
Les brochettes d'anguilles, les rôtis de gorille,
Salés et aux lentilles, la gelée de myrtille,
Les glaces à la vanille, les vacances aux Antilles
À jouer la brusquembille,
Il leur faudra bien vite suçoter des chenilles,
S'habiller de guenilles, se soigner de pastilles
Et d'extraits de chou-pille, leur santé se bousille…

Il faudra bien qu'ils passent par le chas de l'aiguille,
Pour trouver du boulot ou bien qu'ils se fusillent.
Ils feront ce qu'on veut, sinon on les houspille ;
le premier qui sourcille, les fers à la cheville,
Qu'on soude la goupille, la chaîne à la manille,
Rabatte l'écoutille qui ferme leur Bastille…

En salaires dispendieux, plus question qu'on gaspille…
Nos bénéfices fondent et se recroquevillent.

Me voyez-vous demain, si je vais à Séville,
Accueillir le Bélier, son ministre Ragondin,
Vêtu de loques ou pire, vêtu de souquenilles,
Car il me faut des broderies de cannetille
Sur un habit de soie teint à la cochenille.

Maintenant, cessez de me chercher des bisbilles.
Vous ne saurez rien de ce qu'on veut, qu'on maquille
À cette réunion des puissants à Séville,
Sur les projets tordus pour que les bêtes boursillent
Et paient les déficits sur les ventes de torpilles,
De sous-marins ou bien, d'avions, par escadrilles
Et nous permettent des retraites à Manille
Où nous serons traités bien mieux que des spadilles.

Si Bélier, Ragondin ou Toro de Castille,
S'opposent à nos projets, (que l'Europe, on la pille),
De l'Arçon et moi-même, à coups de banderilles,
On les pique jusqu'à ce qu'ils vous entortillent.

L'avenir est à nous et pour sûr, il scintille.
»

___________La corneille noire (Corvus corone) / 20 juin 2002)