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D'égaux billets



Je n'ai jamais voté au pays des pâtures
Et que l'on m'invective ou me couvre d'injures,
Je m'en fouts comme des yeux de mon premier cadavre.

Votre démocratie, franchement, elle me navre.
Et puis je ne veux pas être tirée au sort
Pour devenir juré et condamner à mort
Quelconque prévenu pour un vol de chardon
Puisque des parvenus, trafiquants de gazon,
S'en tirent à bon compte, sont même réélus
Par ceux-là mêmes qu'ils ont volés et spoliés.

Mon cerveau fait rideau, hyperpolarisé.

Comprendrais-je jamais, qui donc a jamais su,
Quelles étaient les raisons ou les motivations
Qui conduisaient à faire de toutes élections,
Des interrogations où l'incompréhension
Prenait le pas sur l'explication rationnelle ?

Ni l'oie rieuse, non plus la très belle hirondelle
Qui, chez les oiseaux, passent pour des intellectuelles,
N'y comprennent grand-chose, me parlent de virtuel…
Sous-entendu, écrase, car le peuple d'en bas
N'a rien à réclamer puisqu'il ne vote pas.

Je comprends mieux pourquoi, Vanneau, Chauve-Souris,
Loir des Alpes Mancelles, Orvet de Balkanie,
Éphémère qui blanchit l'argent de Léopard
Afin qu'il donne à Dieu une petite part,
Sans oublier bien sûr le président Bélier,
Son ami de trente ans, le Yack du Tibet,
Rient de leurs électeurs qui en tiennent une couche
Puisqu'ils les reconduisent aux affaires à la louche...

Le peuple des pâtures serait donc malhonnête
Puisqu'il met des brigands, des voleurs à sa tête.

___________La corneille noire (Corvus corone) / (19 juin 2002)