| Des militaires bulgares patrouillent sur la dune. Ils sont tous morts de trouille et plus cons que la lune. Le Premier Secrétaire de Faucille et Marteau, Tout nu dans la mer Noire, se trempe dans ses eaux. C'est un secret d'État. Que personne ne sache Qu'il y trempe son cul ! C'est pourquoi il se cache Au milieu des blindés et des hélicoptères, Deux bataillons entiers de jeunes militaires, Armés de chiens féroces et de kalachnikovs. Ils ne tuent que des taons et jouent au quinquenove. Ce n'est que par hasard si vous leur échappez, Car vous êtes caché sous ces bois oubliés Qui couvrent une lagune pratiquement comblée. La fange se dispute aux miasmes des eaux croupies. J'aime ces paysages de mondes évanouis Que les grands dinosaures ont longtemps fréquenté. Rien ne dénote dans cette forêt primaire, Arrivée presque intacte de l'âge carbonifère. Les oiseaux gardent ici une allure de reptile. Ils se ressemblent tous et au ptérodactyle : Le butor étoilé figé dans les carex Avec le bec dressé pointu comme un silex ; L'ibis falcinelle qui marche, intrigué, Sur des branches qui ploient sous son pas mesuré… Voyez la grande aigrette. Elle nous vient en voisine Des marais de roseaux où se perd le Danube. Elle n'a pas niché, car lorsqu'elle incube, Son bec est noir et sur son dos, des plumes fines Lui valurent qu'on la chasse et qu'on la génocide Pour orner les chapeaux d'élégantes languides. Nous, nous séchons nos plumes au-dessus du fangeux Ou plongeons sous les eaux couvertes de lentilles Dans lesquelles nous pêchons de petites anguilles, Des aprons, des grémilles. Goûtez, ils sont fameux !
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