Le pigeon colombin : Columba œnas
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Le pigeon colombin (Columba œnas)


Nous sommes innombrables. Nous avez-vous compté ?
Par centaines, par milliers, nous survolons ces bois.
Nous revenons dormir dans ce bois des Pavots.
Quand arrive le soir, notre immense volier
Tournoie comme le fait celui des étourneaux
Et puis nous nous posons sur des branches qui ploient.

Car bien sûr nous pesons de toute notre masse.
La résistance du bois est assez limitée.
Un oiseau qui se pose en trop, la branche casse
Dans ce bruit terrifiant que fait le bois brisé.
Nous nous envolons pour échapper à la mort.
Le pire, c'est dans la nuit, au moment où l'on dort.

Car pour nous reposer surtout sans instruments,
Sans lumière, non plus, ce n'est pas du nanan.
Nous y laissons des plumes et surtout des duvets
Qu'on retrouve au matin, dans les fientes, collés.
Elles maculent de blanc tous les buissons de houx
Et les bourdaines aussi qui poussent en dessous.

Mais si en migration, nous sommes des millions,
Quelques jours seulement, sur des routes incertaines,
Vers des contrées lointaines, surtout nord-africaines,
Quand arrive l'été, il faut de l'attention,
Pour entendre l'un de nous roucoulant sa chanson.
Nous sommes plutôt rares au pays des bretons.

Je n'aime pas les granits, les schistes ou bien les gneiss,
Les alios, les chalosses et les grès à silex.
Je préfère les calcaires, les territoires crayeux.
J'ai besoin de calcium pour me sentir au mieux.
Et de forêts, bien sûr, avec des arbres vieux,
Qui seuls possèdent des trous pour y cacher mes œufs.

J'allaite mes deux petits, pendant au moins quinze jours
Et refais une couvée, avant qu'ils ne s'envolent,
C'est-à-dire avant que leurs frères ne voient le jour.
J'arrive bon an mal an à six ou huit enfants.
C'est le moins que je puisse, pour durer dans le temps,
Car nous sommes en danger. Croyez que je rigole ?

La chasse toute l'année, les poisons agricoles…
Car je serai nuisible… En quoi, je le demande ?
Mais je sais que, surtout, de ma chair, on raffole,
Avec des petits pois et qu'on en redemande !
L'alibi est grossier, comme tous les alibis
Et justifie ainsi qu'on sonne mon hallali !

Nous les colombiformes, sommes symboles de paix.
C'est une bonne raison pour qu'on nous assassine.

Les hommes aiment la guerre et nous éradiquer
Des forêts de la terre, du drapeau des nations
Est rendu nécessaire, au nom des traditions.

Je vois mal leur avenir dans mes aruspicines.

Bois des Pavots, Villaines la Juhel.