| Ça fait combien… _______Trente ans, que nous nous connaissons ?… Je vivais sur la baie du littoral breton, Entre Torche, Raz de Sein, ses lagunes, ses étangs, Ses levées de galets où poussent des choux marins, Ses étendues de joncs où se jonchent des carex, Où des orchis émettent des fragrances du sexe Des bourdons affairés et qui se croient malins Á copuler en force leurs labelles faux-semblants. Puis, l'hiver est venu, je me suis disparue. Là, j'en ai fait exprès, le verbe est auxiliaire. Car, je ne sus vraiment, si en fait, je mourus, Ou j'arrivai à fuir les grands froids de l'hiver ? Maintenant qu'il fait doux, je m'ai réapparue Et j'habite partout, pourvu qu'il y ait des herbes Et des fils d'araignées. Quand je les ai cousus, Ils abritent mon nid d'herbes parmi les herbes. On me voit donc partout et même sur le rond-point Où vous tournez souvent pour aller faire vos cours. Mais parlez-vous de moi ? Sinon je vous enjoins De le faire et d'écrire comment est mon parcours Quand, en cercle, je chante à un fil suspendue. Comme un cheval de bois qui tourne au manège, Je monte et je descends, je crie ma note aiguë Quand je suis au plus haut… Ça vaut un spicilège. Sinon, je vis cachée parce que pour dîner, Il me faut explorer le pied des graminées Qui, comme vous le savez, sont autant de forêts Impénétrables aussi, même aux petits oiseaux. Faut être minuscule et à peine plus gros Qu'un gros bourdon terrestre ou un petit mulot… Je vis donc cachée et ne sais rien du monde, Du monde des humains, que l'on m'a dit immonde. Il paraît qu'en cela, je partage aux puissants Une même habitude qui les fait vivre bien, Pendant que d'autres meurent, mal, habituellement… Mais le peuple n'est-il pas constitué de vauriens ? Quand l'habitude est prise de vivre retiré, On ne peut pas prétendre faire preuve d'humanité. Et quand on vole trop haut dessus la société, On ne peut guère entendre les peuples opprimés. C'est vrai pour vos ministres ou bien vos députés Qui oublient le matin, trop souvent d'enlever Le trop grand plat à barbe qui leur cache les pieds.
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