Le circaète Jean-le-Blanc : Circaetus gallicus
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Le circaète Jean-le-Blanc (Circaetus gallicus)


Je suis herpétophage. Tout le monde le sait.
J'avale des couleuvres, des vertes et des bien mûres,
Des coronelles lisses ou d'autres tesselées
Et même des vipères, sans craindre leurs morsures.

À défaut de serpents, je mange des lézards,
Des orvets ou des seps et même des lombrics.
Je dédaigne les souris, les grenouilles, les canards…
Ceux-là sont rares autant que sont les basilics.

Je survole les calcaires et toutes les pierrailles
Où poussent des épines en buissons de broussailles,
Puisque c'est en dessous que se cache la souris
Qui apporte au serpent toutes ses calories.

J'aime les courants d'air dont on dit qu'ils enrhument…
Les courants ascendants qui m'emportent sans effort
Tel un brandillon au-dessus d'un feu qui fume…
Je plane dans le ciel comme le fait le condor.

Il m'arrive parfois de faire du surplace,
De rester immobile pour tout bien surveiller.
J'utilise pour cela le fil d'une araignée
Pour m'y sustenter comme quand elle se déplace.

Les serpents, au soleil, aiment à se lover.
Aussitôt qu'ils le font et si je les repère,
Je leur fonds sur le corps, les saisis de mes serres,
Leur casse la tête d'un coup de bec crochet.

Je les avale d'un coup. Je commence par la tête.
S'ils sont un peu trop longs, je laisse dépasser
Une partie de la queue. Je saute pour m'envoler,
Regagne, victorieux, le sommet de la crête
Où j'ai construit mon nid sur un grand pin d'Alep,
Dominant des terrasses d'où sortent encore des ceps
D'une vigne oubliée envahie de lentisques,
De coronilles jaunes et de buissons de cistes.

J'y ai pondu un œuf d'une assez belle taille.
Il faudra, en effet, bien le couver longtemps.
Il faut donc que le jaune soit assez conséquent,
Riche en protéines qui, seules, ravitaillent,
Assurent au fœtus le développement
Jusqu'au stade poussin qui, pour éclore, entaille
La coquille de l'œuf à l'aide d'un diamant.
Sitôt sec, il réclame, avec force, mangeaille…

Il faudra le nourrir trois bons mois sûrement
Et souvent davantage, lui apporter ripailles,
Dégorger devant lui, des lézards, des serpents
Qu'il avale de suite ou sinon il criaille,
Réclame sa ration d'oligo-éléments
Et aussi nous menace bientôt de représailles.
Il faudra bien pourtant qu'un beau jour, il comprenne
Que les jours où il pleut ou bien quand il fait froid…

Comment veut-il qu'on fasse ?
_______________Comment veut-il qu'on prenne
Le serpent qui se cache et garde son sang-froid ?

Et puis il y a l'homme qui détruit par le feu
Des hectares de broussailles où vivent des reptiles.

Vous l'avez constaté, ils n'étaient pas nombreux
Quand vous étiez enfant encore à peine nubile…
Maintenant vous êtes vieux et vos jours sont comptés…
Il ne vous faut qu'un doigt pour tous les compter !

Il faut compter aussi sur les automobiles
Qui tuent jusqu'au dernier les trop rares reptiles ;
Les paysans qui sèment sur les terres agricoles
Des toxines de synthèse à base de propergol,
De tridégueulamine, d'élétérocholine
Qui bloquent les synapses, détruisent les globulines
Des grenouilles, des rongeurs...
_______________Des serpents qui les mangent,
Par voie de conséquence, de tous leurs prédateurs.

Je vous parierai bien, qu'un jour, pour leur malheur,
Les hommes supprimeront les anges et les archanges,
Pour se soustraire ainsi même à l'Apocalypse,
En offrant à la Terre, une éternelle éclipse.

Causse noir, Aveyron.