Je me souviens que je vous ai sauvé la vie En me faisant voir au-dessus de l'incendie Qui remontait la pente et brûlait la forêt. C'était dans las Hurdes, par un beau jour d'été. Vous seriez mort si vous ne m'aviez entrevue. Auriez-vous, sans cela, aperçu la fumée Et décidé de fuir, espérant échapper Au brasier qui ronflait en brûlant les accrues ? Il s'en fallut de peu que vous ne soyez cuit ! J'eus de la chance aussi… Mon arbre et mon grand nid, Tous deux faits de branchages, furent à peine léchés. Mes petits en furent quittes pour la peur de l'année Et des quintes de toux, à cause de la fumée. Je compris la leçon. Je me suis installée Juste au-dessus du Tage, au pied de la falaise Dans les grès d'une grotte où je suis bien à l'aise. Voyez comme ils sont beaux, mes nouveaux nouveau-nés. Mes aînés sont plus bas, sur la plage de graviers Qui découvrent en été, quand baisse le niveau Des eaux qui sont stockées, puis, par un caniveau Chichement distribuées pour arroser les champs Où jamais il ne pleut d'autre que sueur de sang Qui s'écoule des fronts, tant le travail est dur Pour que pousse un chardon en terre Estrémadure. Mais, j'y pense, maintenant ! Et si les eaux montaient ! Aurais-je quitté Scylla pour retrouver Charybde ? L'an prochain, c'est certain, plutôt que faire un bide, Je monte en Morbihan et comme l'ibis sacré, J'installe mes quartiers au parc de Branféré.
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