La cigogne blanche : Ciconia ciconia
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La cigogne blanche (Ciconia ciconia)



Du haut du minaret où j'ai construit mon nid,
Je surveille des Serbes qui boivent du raki
Et tiennent des propos sur la mort de Tito
Qu'on promena en train juste une année plus tôt.

Ce qui frappe surtout, c'est la haine refoulée
Qui maintenant s'exprime vers les minorités
Qui ne seraient pas Slaves : les Croates, les Bulgares,
Les Turcs et les Tziganes ou bien les Albanais.
Certains, dans leur ivresse, pensent qu'il n'est pas trop tard
Pour enfin retrouver, de l'ethnie, la pureté.

J'espère que j'aurai tort, mais je vous prophétise
Qu'avant moins de dix ans, à force de bêtise,
Tous les pays Balkans seront, à feu, à sang,
Allumé et versé aussi par les enfants.

J'irai bien jusqu'à dire : ce n'est pas mon problème.
Des hommes sont prêts à tout… Ils voudront qu'on les aime.
Ils feront ce qu'il faut pour être chef suprême :
Le discours populiste qui distille la haine…
Le bonheur pour chacun, mais boutons la Bohême !

Les peuples sont prompts à embrasser l'anathème
Que l'on jette sur ceux qui ont d'autres phonèmes,
La peau pas vraiment blême ou un autre totem.
Je remarque qu'à la fin, personne n'en sort indemne.

La liberté se perd quand les gardes prétoriennes
Prétendent la défendre, comme son os, une chienne
Et vous fusille vite au tout premier blasphème.

Le pompon est atteint quand on y mêle les dieux.
Yahvé, Jésus, Allah… Lequel est mieux que mieux ?
Lequel vaut qu'on le prie au prix de crimes odieux,
Offrant un alibi d'un argument spécieux,
Car l'ennemi qui meure est enfin silencieux,
Qu'enfoui sous le charnier, il n'offense plus les cieux,
Ni la vue… Leurs cadavres sont par trop malgracieux…

Vers le ciel, je me tourne et je claque du bec.
Fais-je alors une prière, une épître ou un psaume
Ou bien plus simplement, me fouté-je des hommes
Les laissant abrutis, à leurs salamalecs ?

Bela palanka, encore en Yougoslavie.