Le choucas des tours : Corvus monedula
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Le choucas des tours (Corvus monedula)


Je ne suis pas d'accord : l'hygiène, la propreté
Envahit tout à tort et même les marchés !

Car sous ma basilique, avant, c'était pratique.
Jeudi, je ramassais tous les déchets tombés
Des étals des marchands, des grains de raisins mûrs,
Des miettes de pain dur… Fallait faire vite pourtant,
Car les municipaux, leurs pelles et leurs seaux,
Comme pressés d'en finir, œuvraient à dessalir.

Mais maintenant l'Europe ne veut plus qu'on salope
Les trottoirs, les pavés… Tout est blisteurisé.
Elle pond des directives sur tout, n'importe quoi,
Même sur les directives, allez savoir pourquoi ?

Vrai, parole de choucas, je regrette le temps
Où l'on mourrait avant de peste, de choléra.
Maintenant, voyez-vous la moindre listéria,
Qui vous donne rendez-vous, vous conduit au trépas.
Les H.A.C.C.P. invitent aux confusions
Entre hygiène souhaitée et aseptisation !

Normal, le pastorien devient une habitude.
Le monde comprend ça. Les gens font des études
Et sans le bac, t'es rien… Tu ne fais pas l'ENA.

Car c'est le moins qu'il faut pour être fonctionnaire
Avec un gros salaire… Puis naturellement,
Chaque fois pour cinq ans, élu de la nation
Et vite expert en faux et usage de faux,
En prévarication…

Puis accessoirement, dans le Strasbourg - Bruxelles,
Travailler d'arrache-pied sur les mines personnelles,
Les bombes à fragments, la taille des charniers,
La couleur des dragées en full métal jaquette,
Le bois des allumettes, la hauteur des bûchers
Pour y incinérer les victimes d'ESB
Ou bien de fièvre aphteuse…
_____________Seules les mitrailleuses,
Les machines à découdre échapperont aux normes.
Il faudra s'y résoudre. Pour massacrer les hommes,
Les règles sont futiles, franchement inutiles.

Vous verrez que demain pour bouffer de la merde,
On se lavera les mains. Pour ne pas qu'elle se perde,
On la pasteurisera. On la mélangera à de la marmelade.
Puis on l'exportera aux pays qui pourront
Payer toutes leurs dettes. À ceux qui vous embêtent,
Qui de toute façon ne pourront pas payer
Les armes qu'ils vous achètent, on la parachutera.

L'humanitaire s'accorde, quand l'émotion déborde,
Avec le chocolat, le beurre de cacahouète.

Si le nègre est malade, c'est la chaîne du froid
Qu'il ne respecte pas. Quant aux médicaments,
S'ils sont toujours trop chers, la faute aux musulmans
Qui les veulent kasher.
Faudrait les achever à grands coups d'HIV.

Je retourne à Kerlois, dans les hauts des sapins,
J'y dors avec mes cois jusqu'au petit matin.

Un jour, ça c'est certain, je pars sans lendemain
Pour l'Europe du Nord. Partout sur les gazons,
On me jette du pain. Et même si le froid mord,
Je ne meurs pas de faim, juste de pollution
Á cause des camions qui font comme des trains
Sur toutes les autoroutes. Toute l'Europe déraille
Et va à la déroute. Mais tous les gens s'en foutent…

Á croire qu'ils sont aveugles...
_____________N'entendent rien, mais braillent.
Tous des veaux… Eh, qu'ils meuglent !

Basilique d'Hennebont.