Le crave vole bien, mais n'est jamais nombreux. Tandis que nous, voyez, nous remplissons les cieux De nos cris que l'on siffle depuis le haut des crêtes, Tournoyant et plongeant tout autour des arêtes. Puis nous nous abattons, remplissant tout l'alpage Sur lequel nous chassons, d'une allure de vieux sage, Des criquets dont le chant qui vient du fémoral, Ressemble à la sonnette qu'agitent les crotales ; Des sauterelles aussi et des éphippigers Ou bien des escargots qui rampent sur la terre… Mais pour tout bien cueillir et tout bien ramasser, Nous nous mettons de front, en ligne pour avancer. Les oiseaux de derrière nous survolent un instant Et se reposent de suite pour être un peu devant. Puis nous ferons de même et d'autres pareillement Pour manger ce qu'est bon, fin mort ou bien vivant. Il faut bien engranger des kilocalories Pour nourrir nos petits qui patientent aux nids Installés juste au bord sur le moindre surplomb Des falaises de Trimouns tirées au fil à plomb. Il y a bien longtemps qu'elles se sont effondrées Et répandues plus bas en amas de rochers, Pour permettre aux fougères, au rougequeue, Au traquet de trouver des abris et de bien s'y cacher. En été, je l'admets, je suis inaccessible. Mais quand l'hiver revient et ses froids indicibles, Je fréquente les pistes de ski et les stations. Revenez nous y voir pour la conversation. Vous y verrez peut-être aussi la niverolle Que vous cherchez en vain et en usant vos grolles. L'hiver, cet oiseau-là est auprès des chalets, Mais devient invisible dès que revient l'été, Sauf si vous savez où aller le rechercher, Car évidemment il est facile à trouver. Si vous mourrez de froid ou dans une avalanche, Avant que vous n'ayez pu bien voir cet oiseau ; Ou bien qu'en l'approchant, votre petit cœur flanche Privant, d'un coup, de sang, les neurones du cerveau, Je ferai de mon mieux pour vous manger les yeux Et pour les promener sur tous nos pâturages, Pour qu'ils profitent encore des oiseaux sous les cieux Et de tous ceux qui vivent en haut de nos alpages.
|