Chimères porteuses
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Chimères porteuses

Les bêtes aux Pâtures n’arrivaient pas à tondre
Assez ras le gazon et s’entendaient répondre
Qu’il fallait qu’elles mangent plus ou ruminent plus vite,
Et tant pis si elles crèvent de la météorite.

Aussi pour corriger ce qui ne marchait plus,
Les instances haut placées un plus haut que leur cul
Avaient proposé que l’on supprime des emplois
Et augmente les cadences d’au moins deux ou trois fois.

Ne pas rester en reste avec tous ces chômeurs,
Fainéants, inutiles et sûrement fraudeurs
Volant, non sans vergogne, dans les allocations
Tant qu’on n’aurait de cesse de les mettre sous les ponts.

Car il fallait qu’elles payent l’abominable faute
De n’être pas issues des mondes de la haute
Qui risquent chaque jour que la finance explose
Comme une bulle de savon sur l’épine d’une rose.

Le Médif et ses sbires ou bien la Cour des comptes,
Les think tank(s) de gauche, toute avalée la honte
Proposaient des remèdes obsolètes et stupides
Mais que Scorpion-Virus* trouvaient bien intrépides.

Puisqu’ils leur évitaient pendant leur quinquennat
Que l’on remît en cause ce qui fait qu’en l’état,
Les riches sont au pouvoir et la ploutocratie
Leur permet tout excès jusqu’à la goinfrerie.

Et pendant ce temps-là, le gazon débordait
Et pourrissait sur pied, il fallait l’importer,
Ce qui creusait la dette jusqu’à l’insupportable
Sauf à virer encore même les plus capables :

Les bêtes qui avaient fait des études supérieures,
Qui travaillaient sans cesse et sans compter leurs heures,
Mais n’avaient pas compris que choisir le suicide
Aurait, pour s’en aller, été bien moins stupide.

Des remèdes existaient et parmi les moins sots,
Le partage du temps de travail, de facto,
Sans perte de salaire, dans les manufactures,
Améliorerait le sort des bêtes aux Pâtures…

Elles seraient occupées quelques heures chaque jour
Pendant que les usines tourneraient nuit et jour,
S’il fallait qu’elles le fassent pour couvrir les besoins
Des bêtes dont l’État assurerait les soins…

Pour qu’elles tirent des plans sur toutes les comètes,
Afin de partager, sans ruiner la Planète,
Les richesses, les savoirs ou de folles utopies
Dont seuls les imbéciles en sont les ennemis.




23 janvier 2013 / «® / ©»



*Scorpion-Virus est une chimère qui prend corps aux Pâtures.