Le chevreuil : Capreolus capreolus
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Le chevreuil (Capreolus capreolus)



Je suis né au printemps tout taché de lumière,
Caché dans les fougères dans un habit de faon.

Le nez dedans mes pattes, je demeure immobile
Sous des frondes verticilles, dans des herbes aromates.

Ma sœur n'est pas très loin. Je la verrai plus tard,
Si ma mère prend bien soin d'éloigner le brocard.

J'ai grandi et je sais, courir, sauter, jouer,
Goûter, en gastronome, la ronce ou la bryone.

Déjà les blés mûrissent. Des odeurs envahissent,
Entêtantes et hircines, les bois et l'on devine
Qu'il faut être discret, qu'il faut nous éclipser
Ou regarder de loin les rondes dans le foin,
Que des hommes bruyants, tout habillés de vert,
Appellent de sorcière… comme ils sont ignorants !

À la chute des glands, je m'habille de poils gris.
Sur mon cul, les poils blancs, ne font pas que joli…
C'est une arme secrète. Alors tous on détale,
Quand l'un de nous l'étale, cette roze peu discrète.

L'hiver est toujours long. Il y a moins à manger
Et l'on est dérangé pour un oui, pour un non.
D'aucuns ont des paniers remplis de champignons.
Et d'autres ont des limiers, des fusils à canons.

Mais au printemps prochain, j'aurais mes deux merrains,
Puis mes premiers crochets, à peine andouillers.
Je pourrai m'attaquer à ces arbres imbéciles
Qui ne cessent de pleuvoir, comme pomme d'arrosoir.

Même quand la pluie s'arrête, ils me mouillent la tête.
Je vais en écorcher deux ou trois sur cent mille !

Puis, j'irai me coucher au pied d'un pin de croix,
Doucement ruminer en contemplant les bois.

Je dormirai aussi, peu de temps, comme un sphinx,
Rêvant de loups, de lynx, qui sont bien moins cruels
Que le sont les fusils… Mais tout aussi mortels !

Kerpotence, Hennebont.