La chouette chevêche : Athene noctua
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La chouette chevêche (Athene noctua)


Je me souviens de vous quand vous étiez petit.
Car nous étions nombreuses partout dans les bocages,
Posées sur les clôtures, même l'après-midi,
Á surveiller les champs, les prés et les herbages.

Je ne suis pas farouche, mais j'aime pas qu'on m'observe.

Aussitôt qu'on le fait, bien vite ça m'énerve.
Je me tends, révérence, me redresse et courbette,
Finis par m'envoler de l'affût d'où je guette
Une souris des champs qui ferait sa toilette,
Une taupe, un lézard, un crapaud, une belette,
Un moineau, un pipit ou un poussin d'alouette,
Un criquet, un lombric sur lequel je me jette.

Á votre époque-là, bien rare était l'auto
Et sur le bord des routes, il y avait des haies
Qu'il fallait survoler en passant par le haut,
Si fait que les autos pouvaient nous éviter.

Puis il y eut des autos, alors la DDE
Décida que les routes devaient rester bien sèches.
Les feuilles sont glissantes, notamment quand il pleut.

Les haies furent abattues.

______________Tans pis pour les chevêches,
Les effraies, les hulottes ou bien les moyen-ducs
Qui, tout à leur affaire en traversant la route,
Heurtaient les pare-brises qui leur brisaient la nuque
Et le sang leur perlait par le bec goutte à goutte.

L'habitude fut prise et même la DDA
Inventa la technique du re-démembrement.
L'ingénieur agricole faisait comme à l'ENA,
Des conneries encore et toujours, seulement,
Mais bien rémunérées en espèces sonnantes.
Tant pis pour les espèces qui meurent agonisantes.

Le bocage disparut à la vitesse qu'on sait.
Plus d'autos, moins de haies, signèrent notre décès.

Vous nous trouviez blessées en faisant du vélo,
Tentiez de nous sauver comme à la LPO.
L'abbé de Courcité œuvrait comme rebouteux,
Réparait nos fractures en faisant de son mieux,
Nous posait des attelles, des plâtres ou des minerves
Et des morceaux de viande dans des boîtes de conserve.

Bien souvent on mourrait par le stress, vaincues.
Le choc post-traumatique lui était inconnu !
Quand tout se passait bien, on repartait sauvage,
Sinon notre horizon se limitait aux cages
Dans lesquelles on dormait avec d'autres oiseaux,
Éclopés ou brisés par la chasse, les autos
Ou bien la cruauté et l'infinie bêtise.

L'état versait des primes pour que l'on nous détruise !
Á votre époque-là qui n'est pas très ancienne,
Les rapaces étaient tous classés comme nuisibles.
C'étaient mangeurs de poules, de lapins de garenne.
Ils étaient disparus, très rares ou invisibles.

Je parle pour ceux du jour, car les chouettes hiboux
Vivent à des moments où les hommes sont couchés,
Car ceux qui sont debout sont déjà bien trop soûls
Pour se tenir debout et choient dans les fossés.

Pour couronner le tout, il y eut les pesticides.

De la chouette d'Athéna, ne resterait, hélas,
Qu'un vague souvenir que le temps dilapide.

Morte comme sont morts, Zeus, Kronos ou Pallas !

Les hérissons aussi, les chats-huants, les effraies,
Les blaireaux, les renards, les bêtes de la nuit,
Finiront sous les roues pneumatiques, écrasés.

Mis à part des comme vous, qui d'autre s'en soucie ?

Un jour, je renaîtrai, sous la forme d'une guerrière.
J'entraînerai les hommes, de folie meurtrière,
En génocide armé. Cette race, j'espère…
Je l'éradiquerai de la planète entière.

Alors, j'inventerai le paradis sur terre
Et sur la mer, aussi, sans les hydrocarbures.
Les animaux, les plantes et les protozoaires,
Enfin débarrassés des hommes et des voitures.

Villaines, Averton, Courcité, Gesvres, Villepail, Crennes, ...