| La montagne résonne des cris et des parlotes Des randonneurs pressés, des flâneurs qui trottent, Qui font un bruit d'enfer et se foutent de vous, Qui prenez garde à ne pas rouler un caillou !… Ils passent devant vous, vous parlent goguenards Des chamois qu'ils font fuir sous le coup de frayeurs… Ignorant que vous êtes ! Les chamois, les isards, Si vous voulez en voir, faut marcher de bonne heure ! Car le reste du temps, sans doute, on s'évapore Comme la sueur qui coule de leurs milliers de pores. Car le reste du temps, forcément, on se cache Pour brouter longuement de l'herbe que l'on mâche. Mais, tout à leur superbe, ils n'ont pas aperçu Que vous avez pointé sur nous la longue-vue Qui vous met à portée de nous, de nos enfants, De nos douces femelles, encore les allaitant. Car, dans l'après-midi, nous ruminons à l'ombre. Ce moment de repos est riche d'enseignements Sur notre vie sociale et nos comportements… Nous remuons les oreilles ou le bout de la queue. Nous surveillons aussi nos remuants chevreaux Qui tètent une mamelle ou quelquefois les deux Quand il arrive que nous ayons eu des jumeaux, Ce qui est rare et ne nous met pas en surnombre. Mais l'ombre s'étend déjà et le soleil se cache. L'adret se rafraîchit. Il est grand temps qu'on bouge. On se lève, on s'étire et on sort de nos caches, Sous des surplombs creusés dans des grès blancs et rouges. Un par un, une par une et les chevreaux aussi, On descend prudemment, gagne les éboulis Où s'accroche, comme elle peut, la plante rupicole Qui accouche de graines qui germent saxicoles. Les chevreaux sont bavards et bêlent à qui mieux-mieux. Ils jouent à roule-cailloux qu'ils suivent avec les yeux. Mais l'éboulis brouté, il manque à la ration, Ces plantes succulentes que mangent les machaons. Pour cela, il nous faut regagner la falaise Sur le haut de laquelle, vous êtes assis à l'aise, À l'ombre des cembros qui n'ont plus le vertige Depuis que leurs racines s'accrochent à leurs tiges. Nous sommes en contrebas. Nous nous sommes rapprochés. L'odeur de vos frusques offre un curieux bouquet De sueur qui a séché, de pâté renversé. Ça agite nos narines de chaque côté du nez ! Et plus nous approchons, plus votre odeur entête. Nos oreilles s'agitent au-dessus de nos têtes. L'une de nous inquiète siffle dans la paroi… Toutes nous décampons, poursuivies par l'effroi, Sur à peine deux mètres et puis nous rebroutons, Car la nuit qui arrive nous prive de photons. Or il nous faut les deux… Les photons pour y voir Les plantes que l'on mange qui mourraient dans le noir Par faute de photons… et brouter longuement. L'herbe ne restitue qu'un peu de l'énergie Qu'apportent les photons. ________________Avez-vous bien compris ? Sinon, je recommence, un peu plus lentement !
|