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J'ai bien aimé ces airs.


Ah ! les beaux enfoirés. Ah ! les doux branquignols.
Ils étaient tous venus, Arlequins et Guignols
Pour un dernier hommage, en forme de premier,
Au poète défunt qu’ils avaient ignoré,
Toute sa vie durant, quand avec la dent dure,
Il dénonçait la honte du pays des Pâtures.

La honte de l’esclave, la colonisation,
Les conditions iniques faites à l’immigration.
Des obsèques nationales en forme de pied de nez,
C’était la pire injure qu’on pouvait asséner
Au chantre des lionceaux du pays des Savanes
Et des grandes roussettes du pays des Bananes

Virus*, en tant que chantre, du bienfait des colons,
Du co-développement, du retour en avion,
De l’absence d’histoire des lions et des gazelles
Pouvait enfin cracher sur la tombe du rebelle.
Il pouvait, sans vergogne, saluer ceux qui surent
Écarter ce poète de tout imprimatur.

Car ils étaient nombreux à jouer les hypocrites :
Méléagre** le dindon, quand il rendit visite
En temps que président, au pays des Bananes,
Refusant de le voir ; tous les prêtres en soutane,
Amis de la Phalange qui le mirent à l’index…
Ou Piéride***, pour le bac, censurant tous ces textes.

Que dire de tous ceux qui usèrent du déni
Pour faire en sorte que jamais on ne publie
Les poèmes qui parlaient de la bestialitude ?
Par la petite porte, jusqu’au fond de l’étude,
Le poète, ignoré et mort, allait revivre
Comme un exemple qu’on pourrait sûrement suivre.

23 avril 2008 / «® / ©»



* Virus est l'actuel président des Pâtures.
** Méléagre le Dindon est un ancien président des Pâtures qu'il fit se plier de rire en leur disant au revoir !
*** Piéride fut ministre de la Réforme des phases terminales au baccalauréat.