Le cerf rouge : Cervus elaphus
®
Le cerf rouge (Cervus elaphus)



Vous connaissez nos biches. Elles nous font des enfaons.

Toute l'année ou presque, toujours à la même heure,
Elles sortent du sous-bois où elles ont sommeillé
Pour gagner des layons, toujours bien enherbés,
Où elles s'en vont brouter pendant de longues heures,
Oubliant la prudence, même, si par moments,
Elles relèvent la tête et pointent les oreilles,
Continuant à mâcher pâturins et oseilles,
Tout en remuant la queue pour éloigner les taons,
Puis, à nouveau, rebroutent en prenant tout leur temps.

Mais il suffit parfois qu'une mouche volucelle
Et passe un peu trop près pour qu'alors, brusquement,
Elles trottent, se figent vite !
_______________Voyez comme elles sont belles
Quand elles sont aux aguets, respirent bruyamment,
Qu'elles aimeraient comprendre, ou mieux, apercevoir
Ce qui cause leur tourment.
_______________Elles ont du mal à voir...
Nous autres ruminants, nous sommes plutôt myopes,
Au moins tant qu'il fait jour.
_______________Quand la nuit enveloppe
De grisé tous les chats ou bien les lycanthropes,
Alors, seulement, nous devenons nyctalopes.

Nos biches vont viander toujours à la même heure.
Je vous disais cela, juste précédemment.
J'aimerais préciser cette notion du temps…

Elles sortent en été quand il fait encore jour.
L'air mirage et emmêle ses volutes de chaleur.
C'est le moment que rôde, aux lisières, l'autour
Quand se chênent les pigeons à grands claquements d'ailes.
Alors qu'il fait grand nuit quand l'hiver les gèle,
Quand on ne voit plus rien, ni le bout de son nez,
Qu'Oberon et ses fées dorment à poing fermé.
C'est un problème tout bête d'horloge biologique.

Nous, les mâles, voyez-vous, n'avons pas cette logique.
Nous avons la même heure que les chouettes hulottes.
Quand le soleil enfile, aux nuages, des culottes,
Roses comme des pyjamas, pour aller se coucher...
Alors tous, tout à coup, nous sommes très pressés !

Nous filons dare-dare. Nous quittons nos halliers
Pour gagner les lisières parce que les écotones
Nous offrent profusion et ration de carbone.

Mais, si nous allons vite, nous restons très prudents.
Avant de traverser les allées en courant,
Nous prenons tout le temps, cachés dans les fougères,
De vérifier la voie, qu'elle est libre, sans danger
Ou bien, nous demandons, à un presque plus hère,
Pas encore daguet, de s'y aventurer.

Dès avant le matin, par le chemin contraire,
Nous gagnons les profonds où vous venez nous voir.
Nous passons la journée sur la mousse à rien faire
Qu'à secouer les oreilles, car des mouches, les suçoirs
Sont vraiment agaçants, nous piquent jusqu'au sang
Interrompant les rêves du temps encore lointain
Où nous irons nous battre comme des duguesclins,
Á grands coups de nos bois, sans cesse mugissants,
Á la fois destrier et hardi chevalier,
Centaure chargeant centaure lequel se précipite
Sûr de vaincre, culbuter et défaire le Lapithe.

Nos joutes et nos tournois, en bordure des halliers,
Nous rendront dignes de servir nos toutes belles,
Afin qu'elles accomplissent leur instinct maternel.

Quasiment sans dormir et presque sans manger,
Pendant une quinzaine, nous serons priapals
Et ferons un raffut comme à Sardanapale.

Forêt de Sillé le Guillaume, Sarthe.