| Il est bien plus facile de trouver mes indices Que de me voir dans l'eau où doucement je glisse. Car dès que je vous vois, je claque de la queue Et nous disparaissons, de l'espace, sur sept lieues. Il ne vous reste plus que les bouleaux rongés, Les barrages de branches et les huttes élevés Au-dessus des tourbières où des élans en rut Fait mine de charger. Ils cherchent la dispute. Vous ne me verrez guère davantage le soir Quand chasse l'épervière ou croule la bécasse. Je sors pourtant de l'eau et me lisse le peignoir, Mais disparais sitôt à la moindre tracasse. Je crois que mes cousins des montagnes d'Arrée Sont encore pires que moi. Ils vivent dans des terriers Qu'ils ne quittent que la nuit. Ils ne font pas de hutte Ou des toutes petites en petites branches cuttes. Ils laissent parfois des traces de leurs pattes palmées, Une vague odeur aussi vaguement musquée. On n'a qu'un trou du cul tout comme les reptiles Auxquels on s'apparente quand on fait crocodile. Il sert à faire pipi, caca, tout le toutim Et même des enfants, qui, sitôt nés, s'expriment Et tètent à nos deux seins, comme ceux de vos femelles. Nous faillîmes disparaître, victimes de la chasse, Malgré la protection qu'on nous fait à Bruxelles, Il arrive trop souvent qu'encore on nous agace. La peau de notre ventre, aussi douce soit-elle, Peut-elle justifier qu'on sacrifie nos vies, Qu'on oublie, un peu vite, notre rôle essentiel Dans les forêts humides et à l'écologie. Et pourquoi donc en Suède, aussitôt qu'on s'installe, Qu'on obstrue une buse qui passe sous la piste Surélevée et dès lors, qu'elle se transforme en digue, Solide et compactée, évitant les intrigues, Car au trop plein de l'eau, ce barrage résiste… Il faille que les hommes les cassent et c'est fatal, Nous prive de rencontres avec votre compagne Venue exprès pour ça des fins fonds de Bretagne ?
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