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Le casse du siècle


Virus* tenait enfin sa revanche sur les pauvres
Et renouait sa cravate d'un beau nœud de Hanovre.

" Finis les avantages pour le train, pour Toulouse,
Consentis aux truies qui ont des portées de douze. "

" Fini de rembourser le moindre soin dentaire
Sauf aux chiens policiers pour leurs implants molaires. "

" Fini de rembourser les lunettes et les verres.
Les mutuelles, je les ruine, cette fois-ci, sévère ! "

" Fermons les hôpitaux dits de proximité,
Mais ouvrons davantage de cliniques privées
Où l'on pratiquera, de façon ordinaire,
Des tarifs et des dépassements d'honoraires. "

" Diminuons les allocs de six cents balles par an
Et augmentons d'autant les prix du carburant,
Du riz, des pâtes, des nouilles et des macaronis,
Des transports et du gaz ou du panier garni. "

" Supprimons quand on peut un fonctionnaire sur deux,
Surtout dans les écoles si elles sont en banlieue. "

" Fermons les tribunaux et passons-nous des juges,
Et virons sans procès ceux qui cherchent refuge
Au pays des Pâtures, au prétexte qu'ils sont :
Maltraités, torturés, menacés de prison. "

" Tuons les syndicats, sauf celui des patrons
Et le code du travail que nous réécrirons. "

" Piquons sans coup férir, pour rester dans la course
Le pognon des retraites que l'on perd à la bourse. "

" De tous les inutiles, la croissance n'a que faire :
Les pauvres, les immigrés ou bien les fonctionnaires.
Chacun pour soi s'écrit, au pays des Pâtures,
Sur tous les frontispices, les pignons et les murs.
Les pauvres seront égaux et libres, s'ils le veulent,
Pour un quignon de pain, de se foutre sur la gueule. "

" Tout ça me fait bander et Pecora** le sent.
Qu'elle ose se refuser, je la mords jusqu'au sang. "

" Après ça, je m'attaque au marché du travail.
Deux emplois refusés, alors : pas de détail…
Fini l'assistanat, la flemme et l'inaction.
Il faudra des camps pour la rééducation. "

" Je supprime la pub au bocal à poissons
Et en moins de six mois, ils n'ont plus d'émissions. "

" Le service minimum vaudra pour les transports
Et le travailler plus et toujours et encore.
Les heures supplémentaires seront obligatoires.
Les pauvres, je les tiendrai, tous, par les génitoires. "

" Je double mon salaire à titre de pourboire.
Et si vous pas contents, alors venez-y-voir. "

" Je réforme la fac que j'offre aux entreprises
Qui font des OGM pour éviter la crise
Qui fait crever de faim les pauvres de la Terre.
C'est un beau programme pour des universitaires. "

" Je réforme l'impôt, surtout celui des riches
Auxquels je redonne tout l'argent et l'artiche
Qui leur ferait défaut pour m'offrir des vacances
Sur leur bateau de luxe jusqu'à l'outrecuidance. "

" Je réforme l'école et refonds les programmes.
Les agneaux sauront tous écrire phanérogame
Ou bêler, comme avant, au passé antérieur.
S'il faut, j'inventerai le présent postérieur. "

" Puisqu'il faut, c'est vital, puisqu'il faut que je dure
Pour assurer la casse au pays des Pâtures,
Il vaut mieux que les bêtes restent des imbéciles,
C'est bien le plus pratique pour qu'elles restent dociles. "


17 avril 2008 / «® / ©»



* Virus est l'actuel président des Pâtures.
** Pécora est la compagne officielle sur les sacs à provision de Virus.