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La sterne caspienne (Sterna caspia)


Avec un nom pareil, vous pourriez vous attendre
Á me trouver là où seuls vivent les Turkmènes,
Sur les bords d'une mer qui fournit du caviar
Á ceux qu'ont les moyens de ne plus être avares.
Pourtant sur la Baltique où le vent se promène,
Je survole la vague juste pour vous surprendre.

La plage est toute grise et tranche avec l'écume
Des vagues molles qui se défont doucement.
Des rochers égarés sont posés sur le sable.
Des combattants variés se pressent autour d'une table
Servie en permanence dans des eaux clapotant
Où ligies et gammares valent saumon qu'on fume.

Le talus de la dune s'encombre d'ombellifères.
Plus loin, quelques oyats l'empêchent de se défaire
Sous les assauts du vent quand il souffle en hiver.
Dans une dépression où même l'eau affleure
Et mouille les pieds des toutes petites fleurs,
Un phragmite des joncs croit encore au bonheur.

Il y a longtemps que les phragmites aquatiques
Ne nichent plus par-là. Est-ce qu'il en reste encore ?
Il faudrait les chercher du côté soviétique.
Mais il faut un visa sur votre passeport
Et vous ne l'aurez pas. Les gens de l'Intourist
N'aiment guère, je crois, les ornithologistes.

Des dizaines d'eiders se mêlent aux macreuses
Et bouchonnent sur la houle qui, au large, se creuse.
Un balbuzard s'égare au-dessus d'un plan d'eau.
Je passe, énorme et lourde, comme freinée par le vent.
Je rejoins quelques miennes sur une sorte d'îlot
De sable et de galets, qui s'emmêlent en banc.

Sundsvall, Suède.