La carpe : Cyprinus carpio
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La carpe (Cyprinus carpio)



Des rats bruns et musqués ont fini par creuser
La digue de l'étang, qui, lasse, s'est effondrée,
Incapable, plus longtemps, de résister aux eaux
Qui venaient s'y briser en vagues et en clapot.

Elles se firent cataracte, d'un coup, brutalement,
Puis ruisseau et filet à mesure que l'étang
Perdaient toutes ses eaux, lesquelles nous entraînaient,
Inexorablement, à la mort, asphyxiées.

Nous étions mille et cent, sur le pré inondé.

Les anguilles avaient fui sur les herbes en rampant.
Les brochets décédèrent, promptement en baillant.
Nous en faisions autant, mais vous êtes passé.

Vous avez refermé la grille de la pêcherie
Dans laquelle il restait bien assez profond d'eau
Pour qu'on reprenne espoir et pourvu que bientôt,
Vous nous y rameniez si nous étions en vie…

Ce fut, dès lors, pour vous, la course contre le temps.
Certaines d'entre nous pesaient plus lourd que vous.
Les tanches, tant elles glissaient, vous échappaient souvent.
Vous fûtes vite couvert de mucus et de boue.

Heureusement pour nous, le paysan des Perles
Alerta des voisins qui, tous, avec des pelles,
Des haveneaux, des seaux, firent vite et de leur mieux,
Et même tout leur possible, en jurant mille Bons Dieux,
Vouant aux gémonies, tous ces rats ennemis…
Pour toutes nous ramasser et même le poisson blanc,
Les gardons, les bouvières, par paquets de deux cents…

Quand tout rentra dans l'ordre, il n'était pas midi !

Étang des perles, Villaines la Juhel.